SÉRIES > Misfits – Les outsiders londoniens à leur paroxysme

Par Morgane

Depuis Novembre 2009, la série britannique Misfits, créée par Howard Overman a envahi écrans et foyers, et a gagné petit à petit une audience fidèle. De nombreuses fois nominée et récompensée, la série connaît un large succès au Royaume-Uni, mais aussi outre-Manche et outre-Atlantique : un remake américain est en préparation, par les créateurs de la série Gossip Girl. Alors, quelle est la clé de ce succès ?

Retour sur le synopsis

Les banlieues de Londres, ternes et salies par une caméra jouant sur les contrastes, les jeux de lumière – on retrouve Nathan, Simon, Alisha, Kelly et Curtis, cinq personnages que tout oppose, face à leur premier jour de travaux d’intérêt général. Sous l’œil de Tony, leur agent de probation, ils nettoient et peignent sans relâche des bancs publics quand un orage éclate, soudainement. Frappés par la foudre, les cinq comparses se découvrent des super-pouvoirs ; mais ils ne sont pas les seuls.

Un format d’épisodes à l’anglaise

Avec trois saisons complètes à son actif, et la quatrième en cours de diffusion, Misfits s’impose comme une série sachant jouer sur la continuité, en renouvelant à la fois intrigues et castings. Comme à leur habitude, les britanniques ont un fonctionnement télévisuel différent des États-Unis : des épisodes d’une cinquantaine de minutes, des saisons de dix ou douze épisodes. Tout est fait pour que le spectateur ne s’ennuie jamais, que les intrigues ne s’étalent pas et que chaque épisode puisse contenir une dose suffisante d’action, de sentiments, de rebondissements et d’humour. Des séries telles que Skins ou Game of Thrones ont déjà testé et approuvé ce système – alors qu’aux États-Unis, il est plus rare de trouver un tel procédé. Cependant, Dexter ou True Blood sont les contre-exemples parfaits, et le succès de ces séries n’est également pas à refaire. En ce cas, la clé de la réussite se trouve-t-elle dans le format de la série ? Pas seulement.

Un cocktail explosif d’idées déjantées et d’humour british

Avant tout, Misfits est un concentré de folie assumé, couplé à un sens de l’humour parfois noir, parfois sexuel, mais qui fait toujours mouche. C’est pourquoi certains épisodes semblent avoir été réalisés sous l’emprise de la drogue ; à savoir, un super-pouvoir qui provoque le désir sexuel, un homme qui provoque sa propre grossesse, des relations sexuelles avec un singe, un pouvoir de « lactokinésie ». Bref, vous l’aurez compris, Misfits exploite des idées saugrenues, improbables, voire foireuses. Le talent des scénaristes, et l’intérêt de la série, résident dans le développement de ces idées, pour un résultat plus qu’agréable.

On apprécie de suite l’ambiance désespérée du show, les tentatives vaines qu’ont les personnages de mener une vie normale, les aventures qui leur tombent dessus, sans qu’ils s’y attendent, et les emmènent souvent aux portes de la mort – sans jamais tomber dans le pathos pour autant. On s’attache à eux, à leur histoire, on veut en savoir plus sur une psychologie qu’on effleure seulement, qu’on développe et qu’on transforme par petits bouts – car l’évolution des personnages est certaine, évidente, pourtant si bien amenée qu’elle ne choque pas, au premier abord. Il faut revenir sur ses pas, regarder la série à nouveau, pour voir combien, en une vingtaine d’épisodes, les personnalités ont changé.

Un casting brillant de naturel

Robert Sheehan, qu’on a pu voir récemment au côté de Ben Barnes dans Killing Bono, incarne Nathan, le jeune beau-parleur, narcissique et à tendance perverse, véritable illustration du syndrome de Peter Pan. La justesse de son jeu ne serait rien sans l’appui des autres acteurs : Lauren Socha, Antonia Thomas, Iwan Rheon et Nathan Stewart-Jarrett, qui incarnent respectivement Kelly, Alisha, Simon et Curtis. Ces derniers, également inconnus au bataillon avant Misfits, deviennent de jeunes super-héros de banlieues – plus proche d’antihéros, d’ailleurs – avec une simplicité déconcertante. L’ensemble des personnages reflète alors, outre l’aspect fantastique de la série, l’esprit banlieusard d’adultes encore immatures, qui ne sont pas prêts à entrer dans la vie et dont le quotidien n’a rien de glorieux. Il se dégage de cette ambiance un semblant de répétition, une routine dans laquelle chacun des protagonistes est empêtré et ne semblent pouvoir sortir. Les super-pouvoirs qu’ils reçoivent semblent la solution à leur mal-être, à la petite misère qui les gouverne – or ces pouvoirs impliquent également un nombre incalculable de dangers et, disons-le, un bon gros bordel dans leur existence.

Misfits est avant tout une série pour les vieux adolescents, ceux qu’on appelle « jeunes adultes » – mêlant fantastique, dramatique, un peu de gore et beaucoup de loufoque, le show mise sur une ambiance sombre, oppressante, atténuée par un humour anglais pinçant et un bon nombre de situations risibles. Le tout porté par des acteurs talentueux. Un vrai bijou britannique.

Le conseil du critique

A regarder en VO, pour le plaisir des jeux de mots anglais, des références cultes, des accents britanniques, pour la justesse et pour votre niveau d’anglais.

Nicolas Lemire

Publié le vendredi 30 novembre dans Cinéma

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