Rio Loco, 20 ans de sono mondiale.

Par Hugo

« Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens » dit le proverbe africain. Une maxime dont le festival Rio Loco se fait l’étendard cette année avec une programmation comme un hommage à celles et ceux qui l’ont traversé pendant deux décennies, voguant de rives enchantées en rives enchantées à la gloire des musiques du monde.

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A quoi reconnaît-on un vrai toulousain ?
D’aucuns disent que c’est l’accent, sa passion pour le rugueby, ses expressions bien locales ou le fait d’avoir fait un tour complet de la rocade sans militer pour la disparition pure et simple de la voiture. Que nenni ! C’est bien entendu de trouver au milieu de sa vaisselle un eco-cup d’une édition passée de Rio Loco, signe d’une maisonnée de bon goût. Trônant telles des reliques, elles servent de repère historique à ce festival crée en 1995, mais également de contenant vachement utile pour absorber toute sorte de liquide, de préférence alcoolisé.

Parce que Rio Loco, c’est avant tout une histoire de fluide, de précieux fluides. Dès sa création à l’initiative du maire de l’époque Dominique Baudis, le festival a pour envie de promouvoir les fleuves de la planète et les cultures qui les entourent. Fleuves nourriciers, fleuves sacrés, fleuves mythiques, les hommes entretiennent une relation très forte avec les cours d’eau, ce dès l’Antiquité. Vivre le fleuve au quotidien, c’est vivre selon son rythme, au gré des saisons et de ses caprices, créant une réelle appartenance, une culture fluviale dont les plus fiers ambassadeurs sont les artistes qui chantent ses louages à travers le plus beau cadeau de l’univers, la musique.
La Garonne n’y manque pas, celle qui a servi pendant longtemps d’axe de transport privilégié pour le commerce et le voyage reste une source d’inspiration pour de nombreux peuples et artistes. On ne saurait vous conseiller d’aller faire un tour du côté de la Maison des Gens de Garonne à Couthures dans le Lot-et-Garonne, sympathique musée qui présente bien justement cette culture particulière.

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Et au milieu coule le Rio Loco.

En 20 ans, Rio Loco a fait traverser les cultures du monde d’une rive mondiale à l’autre jusqu’à la Prairie des Filtres, site historique où se déroulent la plupart des événements ; d’abord les pieds dans l’eau en se consacrant exclusivement à un fleuve et son pays riverain : le Mékong (Cambodge), le Nil (Egypte), le Gange (Inde), l’Arno (Italie), la Volga (Russie), le Mississippi (Etats-Unis), le Rio de la Plata (Argentine), le Rio Cauto (Cuba), le Papaloapan (Mexique), le Papaoutai (Belgique. Non, on déconne) et le Velho Chico (Brésil).
« Festival ¡Garonne! » à l’origine (les points d’exclamation empruntés à la langue espagnole montrant son attachement à la culture catalane et au fait que le fleuve prend sa source dans les Pyrénées espagnoles !), il devient Rio Loco en 2003 et s’étend à une aire culturelle en 2006 : le Sénégal, l’Espagne, les Balkans, le Maghreb, l’Afrique du Sud, la Lusophonie, les Caraîbes encore l’année dernière.
19 éditions qui ont permis de découvrir sur scène les performances de la bombe urbaine révolutionnaire Calle 13, de la grande voix cubaine Omara Portuando (cette année à Marciac avec les vétérans du Buena Vista Social Club !), de l’illustre George Clinton et ses fidèles Funkadelic, des doigts agiles de Paco de Lucia, Rachid Taha, Jimmy Cliff ou encore le jazz mystique d’Hermeto Pascoal, barboteur de génie.

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », pas si vite Héraclite !

Si Rio Loco célèbre ses 20 ans, il convie à la fête une grande majorité d’artistes ayant déjà foulé la Prairie des Filtres pour venir souffler les bougies avec le public. Ainsi, du 17 au 21 juin, l’édition resserrée sur 4 jours (autrefois 5, par souci d’économie de la Mairie de Toulouse, of course) présentera quelques-uns des artistes phare invités par le passé, et ce répartis en 4 grandes soirées thématiques : Europe, Amérique, Afrique et pour la première fois, Occitanie !

En vedette dans la programmation « Europa » du mercredi 17 juin, la venue de Goran Bregovic et de son orchestre des Mariages et Enterrements sera l’occasion de mettre les gas gas direction les Balkans, cuivres et rythmiques effrénées dans le coffre. Une joyeuse fête où la rock star d’ex-Yougoslavie invitera son grand copain suisse Stephan Eicher, rockeur au grand coeur amateur d’horizons musicaux lointains et d’inspiration dans les musiques du monde.«Europa» regardera aussi du côté de l’Espagne avec Rocio Marquez, nouvelle étoile du flamenco, du Portugal avec Antonio Zambujo aka «le nouveau souffle du Fado» et de la Grèce avec Imam Baildi et leur electro hip hop sauce Rebetiko.

Le lendemain, ce sera une « America » latine avant toute chose. 4 groupes, 4 ambiances : samba résille avec les 5 membres de Casuarina, tout droit venus de Lapa, le quartier de Rio de Janeiro qui fait revivre l’âge d’or de la samba ; ambiance New-York porto-ricain des années 70 avec Bio Ritmo et sa salsa qui risque de surchauffer la Prairie ; ambiance cumbia électropicale avec les colombiens de Bomba Estéreo qui viennent tout juste de sortir une dernière pépite avec un magnifique clip fluo intergalactique porté par la voix nasillarde de Liliana Saumet ; et enfin ambiance croisée des chemins avec le harpiste de jazz colombien Edmar Castañeda qui promet de belles rencontres musicales.

Le vendredi 19 juin, l’Afrique sera représentée par le Marocain Aziz Sahmaoui (un des fondateurs de l’orchestre national de Barbès), son University of Gnawa et sa mandole. La veille de leur concert avec Blur à Londres, on annonce la venue de Jupiter et Okwess International et son «groove ethno futuriste» issu de la République démocratique du Congo, suivis de Hugh Masekela, jazzman militant venu d’Afrique du Sud. Pour couronner le tout, les lyonnais de Vaudou Game viendront tout casser avec leur afro-funk, afro-fuzz, aphrodisiaque en compagnie du « James Brown africain » comme on aime à l’appeler, le grand Roger Damawuzan !

Le même soir, du côté du Metronum, c’est un autre hommage qui sera donné : Rémy Kolpa Kopoul, le connexionneur, chantre joyeux de la world music et décédé le 3 mai dernier, devait mixer pour cette soirée. Elle lui sera finalement dédiée avec une ribambelle d’invités : le marabout malien Mo Dj, qui mixe et crée en live des boucles ensorcelantes avec un djembé et une boîte à rythmes, le duo franco-américain électro soul funk Sorg & Napoleon Maddox, ou encore Stefffgot, figure de la nuit parisienne et bon copain de feu RKK.

Le samedi 20 juin sera entièrement consacré à l’Occitanie avec une dominante phocéenne : en tête de Pont-Neuf le ragga marseillais du Massilia Sound System, les polyphonies occitanes contemporaines du groupe Lo Còr de la Plana, le brassage musical hors pair de Dupain et le rock brut d’Artús (ex-Familha Artús) qui dégonde le folklore occitan de Gascogne.

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Depuis 2011, le studio de design graphique mexicain Zoveck Estudio réalise les affiches du Rio Loco. Collage et assemblage sont les deux mamelles de l’affiche.

Rio Loco 20ème du nom, c’est aussi en dehors de la Prairie des Filtres avec un concert événement gratuit autour de l’accordéon sur la quai de la Daurade le jour de la fête de la musique le dimanche 21 juin, en hommage à notre Claude Nougaro national. Lionel Suarez, qui a souvent travaillé avec le « motsicien » qui vivait au bord du fleuve, quai de Tounis, et qui se nourrissait des musiques du monde invitera René Lacaille, Régis Gizavo, et Etienne Grandjean.

La station de métro Jean-Jaurès accueillera une sculpture de l’artiste sénégalais Ousmane Sow, « Le Griot de la Glaise »,  qui avait été exposé avec d’autres sur le Pont-Neuf en 1996. Rachetées par le Musée des Abattoirs et laissées dans une caisse, elles ont été re-découvertes par le directeur du festival Hervé Bordier, et marquent le point de départ de cette rétrospective anniversaire.

Aussi, trônera à l’entrée de la Prairie, le « Trombino Loco », un ensemble de collages réalisé par les enfants des écoles toulousains sous l’égide de l’artiste algérien Mustapha Boutadjine, dont les oeuvres seront exposées au Centre Culturel Bellegarde.
Il faut dire que depuis cette année, la Mairie a lancé la « Valise Rio Loco », une sympathique mallette pédagogique qui a permis aux enfants toulousains de découvrir de janvier à juin l’histoire et la culture des pays invités, à l’aide d’ateliers découvertes, de concerts dans les établissements et de menus spéciaux dans les cantines ! le groupe d’afro-beat Montpelliérain Fanga jouait les professeurs de musique du monde. Mention Très bien.

Bon, et puis on n’oublie pas le ¡Barrio Loco!, qui a commencé depuis le 24 mai et dure jusqu’au 4 juillet : des concerts, des rencontres, des expositions dans tous les quartiers de la ville, les bars, les espaces culturels, chez ta boulangère. Demandez l’programme !

Du 17 au 20 juin, à la prairie des Filtres et dans la ville. Entrée 1 jour : 6€ / Pass 4 jours : 20
Accès au site de 16
h 30 à 0h30.

Hugo Carayon, aka « le James Brown occitan »

« Quand je voyage, j’emporte ma culture. Les mots chantent ma terre, et la vie qui se déroule à Mindelo, chez moi…» Cesaria Evora

Publié le dimanche 14 juin dans Chroniques, Culture, Musique

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