Raul Paz, l’havanisateur de Toulouse

Par Hugo

Mercredi 26 novembre, le plus français des cubains (ou l’inverse) est venu trimbaler ses belles bouclettes au Metronum, histoire de présenter comme il se doit son 10ème et dernier album Ven Ven mais aussi mettre le fuego à la nouvelle salle des Musiques Actuelles de Toulouse (où GMT a sa place de parking).

S’il y a bien une chose sur laquelle on ne rigole pas à Cuba (et non, ce ne sont pas les missiles), c’est la musique. Nul autre pays au monde n’a su distiller depuis des siècles un genre musical à part entière, lui-même mélange d’autres genres arrivés dans les valises des immigrés au cours de son histoire. Et puis il y a l’ami/ennemi américain, si proche et pourtant si loin tant les mesures politiciennes ont écarté ces deux mondes.
Raul Paz, c’est l’archétype du musicien cubain : il écoute tout, se nourrit de toutes les sonorités et, à l’image de la musique cubaine, distille une musique hybride, à la frontière entre le rock, les rythmes afro-cubains, la salsa et le reggae, tout-cela sauppoudré d’une bonne dose de groove. Mais attention, ce bon vieux Raul, fidèle à ses idéaux, a toujours tracé sa route à l’écart des grands chemins. Loin des clichés musicaux (clic clac) « à la Buena Vista Social Club » et des expérimentations de la scène contemporaine cubaine, il se définit plutôt de la musique cubaine populaire (Pedro Luis Ferrer, Carlos Puebla), tout en restant branché sur l’alternatif.

Et l’exercice musical grandeur nature a eu lieu au Metronum donc, où après une première partie assurée par le groupe toulousain Entre Dos Aguas : un sympathique mélange de guitares ibériques et beat-box, comme si Manitas de Platas avait mangé une boîte à rythme ; des habitués de la feue boîte de jazz Le Mandala.
Raul Paz et son groupe rentrent sur scène en se rajoutant un à un (batteur, bassiste, pianiste, deux trombonnistes) sur la mélodie de Ven Ven, titre énergique donnant son nom à la 10ème et dernière galette !

  • C’était fort, mais pas aussi fort que la guerre

On ne va pas vous cacher qu’on a trouvé le petit Raul un peu mou du genou au début, malgré une complicité avec le public assez poussée : il fait chanter sur Tu y Yo (de son album de 2006, En Casa), claquer des doigts sur Nadie Sabe, présent sur le dernier album…Là aussi, la setlist du concert s’avère bien rodée, entre extraits de Ven Ven et titres plus reconnus (Havanization, La Mulata,…), le chanteur de la province de Pinar del Rio fait plaisir au public, sans prendre de risques. On se souvient alors des mots du lider minimo Fidel Castro lorsque pour la première fois, un groupe de rock était venu jouer sur l’ile en 1991 (c’était Manu Chao, et les sièges du théâtre Karl Marx de La Havane s’en souviennent encore). Heureux de pouvoir démontrer au détracteurs de son gouvernements l’ouverture culturel du pays, il avait néanmoins voulu apporté son témoignage quant au volume sonore de la soirée : « c’était fort, mais pas aussi fort que la guerre ». On s’en souvient et on rigole.

Le Metronum est rempli au trois-quart, et un rapide sondage auprès du public indique qu’une bonne moitié a déjà visité Cuba, et cette même proportion sait danser la salsa.
Doucement les petits pas se font, les gens s’échauffent et on sent le groupe monter le thermomètre de la salle ! La buée se forment déjà sur les lunettes et les objectifs des appareils photos. Une ambiance telle qui atteint son climax lorsque Raul et ses deux trombonnistes descendent dans le public !

« Toulouse, c’est comme La Havane, les jineteros en moins ! »

Raul Paz surprend aussi dans ses discours entre chaques morceaux. Drôle, latin lover (facile), une bonne humeur contagieuse comme à son habitude et ce malgré quelques soucis techniques (des petits larsenos), il s’étonne toujours de son succès et n’arrête pas de remercier le public, et plus particulièrement quand il est français. « C’est quoi la maison ? Moi ma maison, c’est la France, elle m’a acueilli comme personne et je ne l’oublierai jamais », déclare-t-il avant d’entonner En Casa et sa mélodie de piano on ne peut-plus cubaine. Il y a vécu en effet 10 années avant de retourner vivre à La Havane en 2008.

A trois reprises lui et ses musiciens remonteront sur scène pour distiller jusqu’au bout une musique joussive et communicative. Ils termineront sur le même titre qu’en début de concert, Ven Ven. Les bouclettes ont bouclé la boucle.

Hugo Carayon

 

Publié le lundi 15 décembre dans Chroniques, Musique

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