Qu’en disent-ils? L’actu à travers la musique

Par Marie

Dans Qu’en disent-ils? On vous propose d’examiner l’actualité sous le prisme de la musique. Aujourd’hui, Nelson Mandela.

Noir et Blanc. Dans cette chanson, Bernard Lavilliers consacre le rôle de la musique, qui a laissé son empreinte dans la victoire sur l’apartheid. Il le dit haut et fort en 1986 :

« C’est la voix de Mandela

Le tempo docteur Fela

Écoute chanter la foule

Avec les mots qui roulent et font battre son cœur.

De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur.

La musique est un cri qui vient de l’intérieur

Po Na Ba Mboka Nionso… Pe Na Pikolo Nionso ».

 

Pamphlets, témoignages, espoirs ou revendications, les textes de chansons engagées ont permis de dénoncer des problèmes sociétaux et notamment celui de l’apartheid. Ce sujet, d’actualité brulante depuis la mort de Nelson Mandela, a heurté la sensibilité de la communauté mondiale. Jeudi 5 Décembre 2013, s’est éteint le héros de la lutte anti-apartheid, l’âme en paix selon ses mots : « Lorsqu’un homme a fait ce qu’il considère être son rôle pour son peuple et son pays, il peut reposer en paix. Je crois pouvoir dire que c’est ce que j’ai fait, et donc je peux me reposer désormais pour l’éternité. »

 

Une mobilisation musicale

Madiba, héros de la liberté, a lutté contre toute forme de discrimination raciale. Son parcours, hors du commun, a souvent été repris dans des chansons, tel un mythe, une incarnation. Cet esprit révolutionnaire a marqué les écrits et les esprits, notamment celui de Breda Fassie. Cette artiste a su incarner le combat contre l’apartheid à travers ses compositions exaltantes et pleines d’entrain. Dans un mélange zoulou et anglais, elle a notamment chanté «Too Late for Mama» et «Vul’Indela». Plus engagé, et titre censuré, My Black President est un hommage direct à Nelson Mandela et à son histoire. Elle décrit la brutalité dont a été victime «the people’s president» (le président de la population) : “Him and his comrades / Were sentenced to isolation / For many painful years” (Lui et ses camarades ont été condamné à l’isolement pendant de nombreuses années douloureuses), mais surtout la libération et l’arrivée de Mandela au pouvoir.

“Now in 1990The people’s president came out from jailRaised up his hand and said: ‘viva, viva, my people’

He walked the long road back, back to freedom

Back to freedom freedom for my

Black president”

 

TraductionMaintenant en 1990Le président des personnes est sorti de prison

Soulevé sa main et dit: «viva, viva, mon peuple»

Il marchait le long chemin de retour, de retour à la liberté

Retour à la liberté de la liberté pour mon
président noir.

 

 

La poésie de Brenda Fassie illustre l’emprisonnement de Nelson Mandela, condamné à perpétuité le 12 Juin 1964, pour s’être engagé au sein de l’ANC. Enfermé à Robben Island puis au Cap, il est libéré après 27 ans de détention. «My Black president» se veut porteur des marques de son époque, fondé sur de nouvelles aspirations égalitaires pour le territoire sud-africain.

 

Un relai d’information pour le monde : « nous ne l’avons pas vu »

« Asimbonanga, uMandela thina », la puissante voix mélancolique du groupe multiracial Savuka, résonne encore dans la tête de chacun. En zoulou, Asimbonanga signifie «nous ne l’avons pas vu». Le «zoulou blanc», chanteur de Savuka, du nom de Johnny Clegg, l’a écrite en référence à la détention de Mandela depuis 24 ans et au silence qui lui est liée.

Cette musique reflète l’état d’esprit d’un peuple en proie au doute, mais aussi à l’espérance d’un futur meilleur. Elle prend toute son ampleur dans la restitution du mouvement anti-racial, afin d’enflammer, d’embraser la conscience des individus, afin de faire réagir la communauté humaine. Johnny Clegg le savait,  l’engagement des musiciens va de pair avec l’information de l’opinion publique. Youssou N’Dour, d’origine sénégalaise, a également compris l’impact de l’authenticité et de la musicalité des mots. Grâce à lui, le continent africain a été le premier mobilisé par la cause Madiba. Les Afrikaners se sont vu très sensibles au sort de l’utopiste pragmatique.  Le chanteur sénégalais a dédié en 1986 un album, « Mandela », au leader du mouvement anti-apartheid. A travers cet album, un seul objectif, sensibiliser la population africaine sur les problèmes de distinctions ségrégationnistes faites par le régime de l’Afrique du Sud.

 

Autre contribution, deux ans plus tôt, celle, du groupe The specials. « Free Nelson Mandela », plus qu’une chanson, est un cantique, un hymne sacré, écrit par Jeffrey Dammers. Le groupe anglais ska souhaite ouvrir les yeux des habitants du Royaume Uni, « so blind ».

“21 years in captivity

Shoes too small to fit his feet

His body abused, but his mind is still free

You’re so blind that you cannot see”

 

Offrir un témoignage sur l’histoire n’est plus suffisant pour certains artistes. Il faut choquer. Il faut se confronter à la réalité. Alpha Blondy s’aventure à comparer deux systèmes, dans sa chanson Apartheid is nazism, comparaison dont la légitimité a su faire polémique. Moins violent, un peu à la manière pacifiste d’un philosophe, Renaud s’interroge, dans Trivial Poursuite, sur la justice créée par les hommes. En chanson, il se demande  «Qui détiendra le record et restera vivant, libre et innocent derrière les barreaux ? Vingt ans pour Otelo, autant pour Mandela».

 

« Bring him back home »

La musique, revendication en faveur de la lutte contre les inégalités raciales, a été un pilier engagé dans la libération de l’ancien président sud-africain. En 1987, Hugh Masaleka a composé « bring him back home » (ramenez-le chez lui), titre devenu l’hymne du mouvement pour la libération de Nelson Mandela. Bien que contraint à l’exil pendant quelques années, le trompettiste de jazz sud-africain est toujours resté engagé dans ses chansons, notamment avec Soweto Blues, interprétée par Miriam Makeba, qui dénonce le massacre à la suite de l’émeute de Soweto en 1976.

 

La musique, symphonie des grandes causes, fait aujourd’hui office d’épilogue, et se prête à la commémoration de Madiba. Le groupe irlandais U2 lui a rendu un dernier hommage en interprétant la Bande Originale du film « Mandela : Long Walk to Freedom », Ordinary Love. « We can’t fall any further/ If we can’t feel ordinary love / We cannot reach any higher” (Si nous ne pouvons ressentir un amour ordinaire/ Nous ne pouvons tomber plus bas /Nous ne pouvons atteindre aucun sommet). Ce refrain, entre remerciement et adieu, semble accorder un éternel état de grâce au monumental Mandela, incarnation du changement et de la réconciliation. De reggae au jazz, en passant par la pop, les artistes du monde entier ont su accompagner Nelson Mandela des geôles à la présidence de l’Afrique du Sud. Mandela le disait lui-même, « La politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique ».

 

 

 

 

Publié le lundi 16 décembre dans Chroniques, Culture, Musique

Commentaires

  • Jiboule
    Le lundi 16 décembre à 16:14

    Chouette article !


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    (invisible) *