Quand GMT rencontre France Inter : Guillaume Meurice

Par Brice

On ne va pas vous l’apprendre, la radio est un monde formidable. Samedi 1er novembre, pendant qu’un semblant de guerre civile éclatait dans la ville rose, Guillaume Meurice, chroniqueur sur France Inter, jouait son spectacle « Que demande le peuple » à la comédie de Toulouse. L’occasion pour nous de discuter avec ce trublion qui aime poser son micro là ou ça dérange, une heure avant sa représentation. Si vous ne connaissez pas Guillaume (vous avez le droit après tout) arrêtez tout et mettez vous dans le bain en écoutant quelques-unes de ses chroniques.

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Good Morning Toulouse : Excusez-moi, vous êtes qui ?

Guillaume Meurice : Guillaume, 33 ans. Chroniqueur sur France Inter le jeudi matin à 6h55 et tous les jours à 17h30 dans une émission qui s’appelle « Si tu écoutes j’annule tout » où je fais un reportage humoristique, qui part toujours de l’actu, mais j’essaie d’y trouver un angle humoristique et d’aller poser les questions aux concernés.

GMT : Ça fait combien de temps que tu es dans le métier ?

GM : J’ai le parcours un peu classique du mec qui débarque de province et qui vient à Paris et qui s’inscrit pour des cours de théâtre en faisant des petits boulots. J’y suis arrivé en 2002, donc ça fait 12 ans. J’ai fait les cours Florent. Et puis petit à petit, les rencontres ont fait que … j’ai monté des pièces, et puis j’ai toujours eu le gout de l’écriture, ce qui m’a donné envie d’écrire mon premier spectacle, en 2007.

GMT : Comment tu es arrivé sur France Inter ?

GM : J’avais déjà un blog sur lequel je faisais des chroniques hebdomadaires. J’ai eu vent d’une audition organisée par France Inter, pour une émission présentée par Frédéric Lopez, ils ne cherchaient que des nouveaux humoristes. Et les premières années à France Inter tu as un contrat à la pige. Tu fais une émission sans vraiment savoir si tu reviens le lendemain (rires). Ça s’est passé comme ça pendant deux ans et puis cette année j’ai un peu plus de visibilité.

« A terme, le changement passera par l’adoption d’une nouvelle Constitution »

GMT : Comment est venue l’idée de faire de la scène pour toi ?

GM : L’idée de m’inscrire au théâtre, on m’en parlait souvent quand j’étais ado mais je n’ai jamais voulu en faire. Et puis je suis arrivé au bout de mes études et puis s’est posé la question de ce que j’allais faire dans la vie (rires). L’idée est d’abord venue des autres qui m’ont poussé à le faire. D’ailleurs quand j’ai annoncé à beaucoup de monde que je me lançais là-dedans ils n’étaient pas vraiment surpris. Après, l’envie de faire un one-man show, j’aime beaucoup cette forme d’humour, c’est un super moyen de faire passer les choses. Et j’aime bien la liberté que ça induit, on peut écrire ce qu’on veut, on est dans une forme hyper libre.

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GMT : Quelles sont tes influences dans l’humour ?

GM : J’étais assez fan de Dieudonné à la grande époque, avec son spectacle Le divorce de Patrick ou les précédents. Il me fait moins rire aujourd’hui, forcément. Mais quand j’étais petit j’habitais Vesoul et ma mère m’emmenait souvent voir des spectacles comiques. J’ai vu les Inconnus, Bigard, Marc Jolivet. Sinon Nadine Morano, en tant qu’humoriste on ne peut pas passer à coté.

GMT : Est-ce que ça t’arrives, dans le cadre de ta chronique (Le moment Meurice) de te faire jeter ?

GM : Oui ça m’arrive très souvent, plus ou moins violemment. Dernièrement j’étais au salon de l’armement au Bourget et je me suis fait jeter de deux ou trois stands. Sur mes 47 chroniques pour l’instant, ce qui revient c’est qu’on est dans un monde vraiment verrouillé par la com’. Mêmes les plus grosses boites m’envoient toujours les chargés de com’. Ils sont difficiles à bouger. Après, moi j’arrive avec un micro de France Inter, même si je dis qu’on est une émission d’actualité, ils ne s’attendent pas à des questions humoristiques comme les miennes. A la manif’ pour tous c’était chaud aussi, j’ai eu des menaces physiques de la part de Skins qui chantaient des chants royalistes en plein milieu du cortège.

« Je ne pense pas que Nadine Morano ait un conseiller en com’. Ou alors il s’est pendu. »

GMT : D’où t’es venue l’idée de cette chronique de reportage de terrain, un peu à la Cyril Eldin ?

GM : L’idée n’est pas venue de moi mais du co-présentateur de l’émission, Alex Vizorek, qui avait vu certaines de mes caméras cachées avec mon précédent spectacle. Il y en a une où j’étais déguisé en Marianne, donc robe, bleu-blanc-rouge avec la perruque, le bonnet phrygien. Et à l’époque Sarkozy avait dit  » La République doit être partout chez elle  » donc j’avais été à son meeting place de la Concorde en Marianne avec un panneau  » J’ai mal au cul « . Ça avait fait le buzz sur le net, c’est d’ailleurs la seule fois où je me suis pris un pain. Donc j’ai fait cette chronique, elle s’est construite assez naturellement.

GMT : Tu as déjà eu des retours de gens après la diffusion de ta chronique ?

GM : Oui souvent. Récemment j’ai eu un mail du gérant du gite où a été dormir Manuel Valls, alors que pour le coup je ne m’étais pas moqué de lui. J’ai eu aussi le mec de Valeurs Actuelles, qui m’a dit que je l’avais fait passer pour un con. Mais moi je passe les sons que je récolte de façon brute, donc je ne déforme aucun propos. Ce serait facile, mais je ne déforme rien.

« Avec Nicolas Sarkozy on était vraiment dans l’âge d’or des humoristes ! »

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GMT : Présente nous ton second spectacle.

GM : Justement, ça s’articule autour de la communication. Je joue le rôle du communiquant de Manuel Valls, qui tente de renouer le dialogue entre le peuple et les élites, j’essaie de faire le lien entre les deux. Je prends le public comme un échantillon parfaitement représentatif de la population française, ce qui me permet de jouer sur les quotas, les pourcentages. Et je pense que c’est pas gagné.

GMT : Pourquoi un communicant ?

GM : Parce que ces mecs sont très forts pour tout te vendre ! Ils peuvent te vendre un yaourt de la même façon que la campagne que Ségolène Royal ou un meuble Ikea, ce sont exactement les mêmes systèmes de communication.

« Les politiques n’ont aucune idée de ce qu’est la vie quotidienne. Mais c’est presque pas leur faute, c’est institutionnel »

GMT : Tu as appris des choses sur ce monde ?

GM : J’ai un peu fait les choses à l’envers puisque j’ai d’abord écrit le spectacle, et puis je me suis rendu compte ensuite que ces mecs-là étaient beaucoup plus cyniques en vrai. Quand tu crées un personnage sur scène, tu as tendance à le rendre sympathique. Et en vrai, ils vont beaucoup plus loin que ce que je peux dire. Je ne peux pas faire une caricature. Mais ces mecs-là sont presque une caricature d’eux-mêmes.

GMT : Qui est le politique le plus drôle en France ?

GM : Nadine Morano, parce qu’elle ne se rend pas compte qu’elle est ridicule. Elle fait quinze fautes par tweet … je ne pense pas qu’elle ait de conseiller en communication, ou alors il s’est pendu. Sarkozy aussi est amusant. C’est un vrai personnage de théâtre. Hollande est drôle mais il doit l’être aussi dans la vie. On se rend juste compte qu’il s’est retrouvé à un endroit qui n’est pas vraiment fait pour lui. Dommage pour nous.

GMT : Qui est le politique le plus nul en com’ ?

GM : Ben François Hollande. Il déteste les communicants. Ce qui lui vaut de se prendre la flotte sans parapluie et plein de trucs comme ça, qui ne sont pas des gaffes, mais il est juste méfiant. Après, pour une fois qu’un mec essaie d’être authentique on ne va pas lui en vouloir.

GMT : Humoristiquement, tu voudrais voir qui à l’Élysée ?

GM : Pour rire : Sarkozy. Je pense qu’avec lui c’était l’âge d’or des humoristes. En plus il crée l’actu lui-même.

GMT : Qu’est ce que les hommes politiques ont à améliorer en matière de com’ ? 

GM : En matière de com’ rien, c’est surtout en terme d’authenticité. C’est un autre monde, les mecs sont de toute façon complètement coupés de la réalité des gens, tu peux presque même pas leur en vouloir. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est la vue quotidienne, ils ne s’en rendent pas compte, mais quelque part c’est presque pas leur faute. C’est institutionnel. Ce sont toujours des fonctionnaires, peu de la société civile ou du privé, on est pas vraiment dans un parlement représentatif. Les idéaux gauche-droite se pètent la gueule, à terme ça passera par un changement de Constitution.

GMT : Quelle est la qualité première pour monter sur scène ?

GM : Avoir envie, et le travail. Même si je considère que ce n’est pas un travail. L’investissement qu’on met dans cette envie. Il faut s’entrainer. Tu écris, tu vas le tester dans une scène ouverte, tu rentres, tu le travailles. C’est de l’artisanat en fait. Il ne faut pas avoir peur du bide, ça arrive à tout le monde. On n’a pas grand-chose à perdre sauf un peu d’amour propre.

Brice Christen

Publié le vendredi 07 novembre dans Chroniques

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