MUSIQUE> Carla Bruni – La dame et son pingouin

Par Morgane

Les onze nouvelles chansons aux mélodies traînantes et aux refrains entraînants, interprétées par l’ancienne première dame de France, viennent officiellement d’être dévoilées. Cet album intitulé Little French Songs signe le retour de Carla Bruni dans la tourmente médiatique.

Mère et amère d’avoir quitté l’Elysée de manière précipitée, pressée de rendre ses comptes, elle entame le décompte et prépare sa revanche sous forme de pamphlet mélodique et anecdotique. En effet cet album regorge d’anecdotes, de références et de souvenirs liés au mandat présidentiel de son époux. Elle place sa plume assassine sous la gorge des journalistes dont elle souligne le manque d’impartialité durant la campagne présidentielle, la dureté avec laquelle son couple a été jugé, ainsi que les diffamations dont son « Raymond » a été l’objet.

  •  Carla, ex-première dame

Lasse, la brindille évoque dans j‘arrive à toi, la difficulté qu’elle a eu à endosser l’habit aux lourdes épaulettes de première dame de France. En effet, cet ancien mannequin semblait hermétique aux codes et aux obligations drastiques caractéristiques du monde politique pourtant bien moins draconien que les régimes minceurs :« Et à chaque matin à vide, il me faut recommencer/J’arrive au front sans sagesse/J’arrive à l’âge sans raison/C’est sur qu’on vit de justesse/C’est sûr qu’on vit sans façon ». Elle fredonne également dans pas une dame, l’aversion qu’elle a eu à exercer ses fonctions pour lesquelles elle consent et conçoit ne pas avoir été faite ni préparée. On lit à travers les rimes de son premier single, Keith et Anita, comme une douce résignation et une fièvre délirante « On est où l’on doit être ». Après les mois difficiles qu’elle a dû affronter, les attaques qu’elle a dû esquiver et les événements qu’elle n’a pu empêcher, Carla Bruni renoue avec l’insouciance et l’incroyable naïveté caractéristique de son métier d’ex-mannequin devenue chanteuse : « Mais moi je ne suis pas là/ Quelqu’un joue du Chopin/Quelqu’un boit du rosé/Qu’il fait bon d’exister/Ici chez Keith et Anita ». Carla Bruni, chante avec une tendresse enfantine, minaudant et susurrant avec plaisir ne plus être « avenue du roule » (artère majeure de la ville de Neuilly/Seine dont son mari a été maire), ni dans « la foule », ni à « Birmingham » (la première sortie officielle de Carla Bruni en tant que première dame de France à l’étranger), ni sous un chapeau (Carla Bruni se cachant des photographes) dans son cauchemar, seul au tableau/en politique, en place publique/au fond du trou, à l’aube blême (référence à Marie-Antoinette qui emprisonnée, s’est faite guillotiner par le peuple français au petit matin). Dans cette chanson retraçant l’histoire de ses cinq dernières années éprouvantes, Carla Bruni-Sarkozy semble heureuse d’être de nouveau au calme : « Ici tout est tranquille, /Il n’y a pas l’ombre d’un fracas, /Marianne sent la vanille, /Toute de velours et de soie/Comme la vie scintille ».

Carla-Bruni-Little-French-Songs

  • Le Raymond et le Pingouin

Néanmoins, la frêle dame, derrière ses chansons aux allures de contines, n’hésite pas à épingler au bout de sa guitare sèche, François Hollande, dans sa chanson : Le Pingouin. Décrit comme aussi gauche et maladroit que l’animal, elle ironise ses manières et son allure, allant jusqu’à fredonner ne pas craindre ce pingouin à l’air souverain. Outre ces vers quelques peu acerbes, Carla Bruni consacre une de ses créations à son époux. Ravivant en nous le souvenir de son premier album dans lequel elle consacrait une chanson à son premier conjoint, le philosophe Raphaël Enthoven, Carla Bruni réitère l’aventure. « Mon Raymond reste dans l’axe/en toute situation critique/Mon Raymond c’est lui le patron/C’est lui qui tient la boutique/Eh bien qu’il porte une cravate/Mon Raymond est un pirate/Il prend tout à l’abordage/Comme s’il y jouait sa vie ». Carla Bruni enscence les traits de caractère déjà connus de ce personnage : « Mon Raymond l’a du talent/Pour séduire tout genre de clique/Quand il cause c’est saisissant,/Les confusions se dissipent/C’est qu’il sait causer Raymond/ Il manie la dialectique/Quoi qu’en disent les bouffons/Raymond c’est d’la dynamite ». Carla Bruni dresse ainsi, à travers les yeux d’une épouse, le portrait de cet homme d’état qui lui semble exemplaire, insistant dans les dernières strophes de sa chanson sur la fragilité d’un homme qui, aspirant aux sphères célestes de la politique, n’arrive plus à rejoindre les sphères terrestres.

 Carla Bruni Sarkozy loin d’être une première dame, reste une chanteuse à la voix éphémère qui nous enveloppe le temps d’une valse posthume à s’immerger dans ses vers.

Publié le vendredi 05 avril dans Chroniques, Musique

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