Mumford and Sons, Babel : l’album de la confirmation

Par Morgane

Après trois longues années d’attente, Mumford and Sons a enfin lâché leur second chef d’œuvre, non sans nous en avoir donné un avant-goût, puisqu’ils jouaient depuis longtemps déjà un bon nombre de leurs nouvelles chansons sur scène.

Grandement attendu par les fans comme par les critiques, on savait que Babel, le petit frère de Sigh No More, allait faire couler beaucoup d’encre. En faisant un judicieux assemblage de vidéos de YouTube grâce à la liste des chansons de l’album délivrée avant sa sortie, il était possible pour les impatients d’avoir un large aperçu de ce à quoi l’album allait ressembler. Quelque chose semblait alors se dessiner de manière évidente : le groupe allait bien garder le même son, le même style avec les mêmes instruments, les mêmes structures de chansons, les mêmes harmonies vocales.

Il faudra se défaire de tous ces préjugés pour se rendre compte que si Babel n’est ni un album révolutionnaire, ni un tremplin vers de nouveaux horizons musicaux, c’est un album plein de subtilités et même d’une évolution d’autant plus remarquable qu’elle est subtile. En effet, c’est bien là qu’a résidé l’intelligence et le tact de Mumford and Sons : à un changement volontaire et forcé d’attitude et de direction, le groupe a opté pour la sagesse et la patience de se laisser évoluer naturellement, et donc de manière beaucoup plus crédible.

Voilà le simple secret de cet album qui avec force, âme et énergie délivre, à la manière de son prédécesseur, un son capable de séduire des oreilles malaxées et malmenées par de la pop médiocre. En effet, le caractère mi-rock, mi-bluegrass de Mumford and Sons les a mené devant des publics si grands qu’ils s’imposent sans le vouloir en machine à populariser la musique folk. D’autant que même les spécialistes du genre reconnaissent qu’il est difficile de trouver un bon groupe folk-rock ou indie-folk, peu importe la dénomination.

L’important est que Mumford and Sons possède un son unique : seul ces quatre musiciens-là, ensemble à écrire des chansons ou à jouer sur scène sont capables de produire un son pareil. Leur popularité exponentielle combinée à une notoriété et une reconnaissance grandissante nous rendrait même capables de nous demander si ce groupe ne pourrait pas pousser le folk-rock au point qu’il devienne la nouvelle tendance prédominante en rock. Pourtant, on ne voit pas encore des mini Mumford and Sons pousser partout dans le paysage musical. Quoiqu’il en soit, Babel est largement digne d’un Sigh No More acclamé par le public comme par la critique. Il s’ancre dans les bases du groupe tout en laissant transparaître des progrès : c’est le classique second album de la confirmation.

Un des atouts principaux de Babel, que l’on trouvait déjà dans une moindre dimension sur Sigh No More, est qu’il laisse transparaître à quelle point cette musique est conçue pour être écoutée en live : il suffit des trois premières chansons pour s’en rendre compte. La première chanson, chanson titre de l’album, démarre avec une lourde combinaison de banjo et de guitare qui n’efface en aucun cas la voix aussi déchirante qu’addictive du chanteur, une voix reconnaissable parmi mille et qui participe largement à former l’identité du groupe. Les deux chansons suivantes sont dans le même ton et tout aussi spectaculaires, grâce à un contraste entre couplets calmes et refrains explosifs : des gros refrains taillés pour faire oublier aux milliers d’anglais présents lors d’un festival qu’ils sont trempés par la pluie et qu’ils ont de la boue jusqu’aux chevilles.  La troisième chanson « I Will Wait » constitue un pilier de l’album qui a été placé pile au bon endroit, puisque l’auditeur a été rodé par les deux chansons précédentes et que son esprit est en de bonnes dispositions pour être complètement entraîné par cette musique.

Babel constitue donc également un bon outil pour divulguer au public l’idée d’aller voir le groupe en concert, d’autant plus que les quatre petits gars de Mumford and Sons se considèrent avant tout comme des musiciens de tournée, s’appelant des Gentlemen of the road. Cependant, ne nous méprenons pas pour autant : Babel n’est pas une suite de fiascos de guitare ou de banjo, mais plutôt un enchaînement intelligent de chansons rapides et plus douces arrangées de sorte qu’il est impossible de sauter un morceau, sous peine de faire perdre tout son sens à la musique. L’album garde l’auditeur entièrement engagé jusqu’à la fin, signe indiscutable d’une bonne conception musicale. On remarquera à ce sujet-là « Holland Road », « Ghosts that we knew » et « Reminder » qui ponctuent l’album avec un peu de calme et de fraîcheur, des chansons moins denses et plus aérées qui constitue un véritable souffle et font baisser un peu la pression pour pouvoir mieux la tenir ensuite.

Si Sigh No More constituait une série de bonnes voire d’excellentes bonnes chansons, Babel va au-delà en se tenant de pieds fermes en tant que véritable album complet et peaufiné. Aucune pièce de manque. La chanson  « Lover of the light », pilier placé au milieu des douze chansons, est connue par le public comme la chanson où le chanteur va se glisser derrière la batterie au milieu du concert. A ce moment-là de l’album, on a l’impression que Mumford and Sons a conduit nos émotions sur des montagnes russes, mais voilà : il faut s’accrocher, il reste encore la moitié de l’album, et des chansons qui ne sont pas des moindres. Il ne manque pas non plus l’indispensable ballade « Lover’s eyes », ni même le chef d’œuvre de fin d’album, « Hopeless Wanderer »,  qui empêche l’auditeur de  s’endormir sur ce qu’il vient d’entendre grâce à des harmonies vocales transcendantes et à une introduction au piano toute jolie et toute bête qui pourrait pourtant bien inciter Chris Martin à se cacher derrière son piano multicolore. Difficile de tout citer sans tout adouber. Finalement, la pièce finale, « Not with haste », parvient comme il faut à faire descendre la pression sans faire baisser l’émotion.

Les fans du groupe préexistant à Babel seront soit plus que satisfait de cet album, soit peut-être un peu déçus que le groupe ne se soit pas dirigé vers des sentiers musicaux encore inexplorés. Cependant, si le folk-rock, les mélodies au Banjo ou la voix de Marcus ne vous ont jamais complètement absorbé, vous n’allez sûrement pas être davantage éclairé par cet album.

Ce serait pourtant ridicule de critiquer un album qui comporte tous les éléments d’un groupe qu’on adore tout en disant qu’ils n’ont rien essayé de nouveau. Après tout, de la part de Mumford and Sons, à quelle nouvelle direction musicale aurait-on pu s’attendre ? Un orchestre classique géant se superposant au banjo ? Le chanteur aurait-il dû s’essayer au rap ? Marcus, Ted, Winston et Ben sont incroyablement doués pour être et rester eux-mêmes, pour être une entité à eux quatre. Laissons-les faire.

Publié le vendredi 26 octobre dans Musique

Commentaires

  • Hugues
    Le vendredi 26 octobre à 18:10

    Chouette chronique !


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    (invisible) *