LIVRE > Lamence Madzou était chef de gang, et il le raconte

Par Morgane

Difficile de parler des gang sans tomber dans le discours anti-violence. Difficile aussi d’en parler sans tomber dans l’autre extrême, l’humanisation des pires violences, ou dans la simple apologie des membres de ces gangs, aussi connus que mystérieux.

Pourtant, c’est ce que Lamence Madzou parvient à faire dans son autobiographie « J’étais un chef de gang » paru en 2008.

  • Un chef, une histoire

« Je pense qu’ils aimaient ma façon d’être, de me comporter. Je ne parlais pas beaucoup mais j’agissais. Surtout je n’étais jamais en retrait et quand il se passait quelque chose, j’étais devant, systématiquement ».

Telle est la manière dont Lamence se définit au moment où il était chef de gang, résumant en quelques mots simples ce qui fait la qualité d’un chef. Autobiographique avant tout, cet ouvrage est structuré de manière à permettre une compréhension facile de la vie de Lamence, divisée en plusieurs périodes correspondant à ses origines et son enfance, ses premières expériences des bandes, du gang et la guerre des gang. Il passe subtilement du récit sur sa vie comme chef de gang à son expérience de ce qu’il appelle « le business » , période de sa vie où toutes ses pensées et actions étaient dirigées vers l’objectif unique qu’est l’argent.

Lamence dépeint ainsi comment on entre dans un gang, comment on évolue dans ce monde jusqu’à en devenir chef, mais aussi la façon dont on sort de ce milieu. Le discours de l’auteur évolue de manière à correspondre à chaque étape de sa vie, permettant au lecteur de faire le lien entre l’évolution des situations vécues par le narrateur et l’évolution de sa vision des évènements. Grâce à l’écriture de Lamence Madzou, à sa façon crue de raconter son histoire, le lecteur est immédiatement plongé dans l’univers interne des bandes, avec une intimité très réaliste. Un vrai documentaire romanesque.

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  • L’intérêt sociologique du livre

Mais le voyage dans l’univers des gangs ne peut pas être une fin en soi. En effet, cet ouvrage fait clairement ressortir un intérêt sociologique dans lesquels la vie au sein des gangs, leurs structures et organisations ainsi que l’explication des rituels et des codes, parviennent au lecteur avec une clarté qui illumine cet univers secret. On pourrait regretter le manque d’information sur les liens d’amitié forcément existant entre les membres du gang, mais peut-être est-ce ça qui aurait contribué à l’apologie des pratiques qui est heureusement absente du récit.

En plus de constituer une bonne première approche à la sociologie des bandes, le livre s’aventure aussi dans la quasi-recherche historique, puisque l’on apprend que les gangs, en marge des récits historiques traditionnels, ont leur propre histoire, leurs propres crises qui participent à leur construction, ainsi que leurs propres guerres. L’histoire des relations entre gangs, c’est un peu comme l’histoire des relations entre pays : les bandes défendent leurs intérêts, ont des conflits internes ou des conflits avec d’autres bandes, elles créent des alliances et peuvent même chercher à se comprendre entre elles.

Loin d’être une fable de La Fontaine, l’histoire de Lamence Madzou ne comporte aucune trace de moralisation. C’est au lecteur de faire le travail, ce qui est facilité par un récit dynamique et accessible, qui immerge pleinement le lecteur dans la vie d’un chef de gang.

Publié le mardi 12 février dans Chroniques, Littérature

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