La Pause bouquin> Voyage dans l’Anthropocène par Claude Lorius et Laurent Carpentier

Par Nelly

C’est l’heure de La pause bouquin, la chronique littéraire sur notre site radio GMT, réalisée par Nelly Lesage de Sciences-Po Toulouse!

Voyage dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros : voilà le titre du livre que j’ai du lire il y a deux ans pour préparer un concours. « L’anthropo… quoi ? » ai-je pensé, tout comme vous certainement, vous demandant pourquoi vous êtes en train de lire cette chronique. Je ne me doutais pas que ce livre au titre énigmatique allait me fasciner au point de le dévorer d’une traite. Explications.

Cet ouvrage est le récit du pionnier de la glaciologie, Claude Lorius, et de son acolyte journaliste Laurent Carpentier. La glaciologie, nous disent-ils, c’est l’étude des glaciers, de la glace et des régions glaciaires. A la manière d’un documentaire, ils nous racontent comment, en étudiant le réchauffement planétaire, ils ont découvert que l’influence terrestre de l’être humain est devenue prédominante. Rien que ça.

En 1965, Claude Lorius est volontaire pour explorer l’Antarctique grâce à la technique du « carottage », dont le but est de reconstruire les climats du passé en forant les glaces polaires pour y prélever des glaces anciennes. A l’occasion d’un événement insolite, il a l’intuition que la glace peut permettre d’étudier le passé du climat. En plongeant dans son verre de Whisky un bout de glace prélevé du forage qui doit dater de milliers d’années, il observe que les bulles d’air contenues dans la glace font fortement pétiller le liquide : ce sont ces bulles qui peuvent permettre l’étude du climat passé. En 1984, suite aux travaux du suisse Hans Oeschger constatant l’augmentation de la teneur en CO2 depuis le début de l’ère industrielle, Claude Lorius prélève des échantillons de glace en URSS. Ceux-ci vont lui permettre d’étudier les températures et teneurs en gaz carbonique sur l’ensemble du dernier cycle climatique. Sa conclusion ? La température et la teneur en CO2 vont de pair.

La volonté de la puissance

Si la communauté scientifique et les climatologues restent mesurés face aux découvertes de Claude Lorius, ce dernier est persuadé que c’est un tournant dans l’acceptation du rôle de l’homme dans le réchauffement de la planète. En effet, l’homme est devenu la principale force géologique, changeant l’atmosphère, l’hydrosphère, la lithosphère, la biosphère, bref tous les trucs finissants par sphère. D’où cette idée émergeant en 2000 que nous serions entrés dans une nouvelle ère, l’Anthropocène, celle où les conséquences de l’activité humaine ont considérablement augmenté.

Faut-il alors considérer que l’Anthropocène a vu le jour depuis que l’homme s’organise en société et modifie son environnement, c’est-à-dire grosso modo depuis 6000 ans ? Pour Claude Lorius, cette nouvelle ère commence avec la révolution industrielle de 1784 permise par la machine à vapeur. L’Anthropocène n’est pas à proprement parler « l’ère des humains » mais celle de leur volonté de puissance.

Lier tous les individus de la planète

Si Claude Lorius dresse le constat alarmant d’une ère où l’homme a voulu créer une civilisation supérieure à la nature, et dont il se demande s’il faut une catastrophe comme celle que sont les sécheresses ou les maladies pour déclencher une réaction, son ton n’en est pas pour autant défaitiste. L’homme doit faire preuve d’humilité et de sagesse pour sortir de cette spirale. Il ne s’agit pas de renier totalement l’Anthropocène, marquant l’âge d’or de l’abondance, de la raison, de la sécurité et de la mobilité. Le chercheur explique ainsi que des tentatives existent pour rechercher des solutions. Ainsi, des gens un peu fous ont fait l’expérience de déployer des films dans les déserts et d’installer des îles de plastique blanc dans les océans pour remplacer la réflectivité naturelle de la terre. Ces tentatives ont de quoi faire sourire, mais témoignent en fait d’une véritable prise de conscience face à l’aveuglement que l’homme a eu envers la science. Tel un philosophe, le savant est invité à réfléchir à sa propre démarche. Un des défis majeurs est donc de lier tous les individus de la planète, sachant que les conséquences du réchauffement diffèrent selon les régions du globe et les classes sociales.

Si comme moi vous dormiez pendant les cours de science et vie de la terre au collège, pas de panique, cela ne vous empêchera pas de lire ce bouquin. Au contraire, Claude Lorius et Laurent Carpentier présentent avec une clarté surprenante les phénomènes complexes de cette nouvelle ère au nom étrange. Leur but : nous amener à nous questionner sur notre rôle. Resterons-nous de simples observateurs impuissants ou deviendrons-nous des protecteurs de la Terre ? That is the question.

Pour trouver ce bouquin : Claude Lorius, Laurent Carpentier, Voyage dans l’Anthropocène, 2010, Actes Sud

Publié le dimanche 06 avril dans Chroniques, Littérature

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