La Pause Bouquin > « Owen Noone & Marauder » de Douglas Cowie

Par Nelly

C’est l’heure de La pause bouquin, la chronique littéraire sur notre site radio GMT, réalisée par Nelly Lesage de Sciences-Po Toulouse!

C’est l’histoire de deux paumés. Ils ne savent pas jouer, chantent faux et montent un groupe qui marche du tonnerre dans l’Amérique des années quatre-vingt-dix. Le narrateur, un étudiant marginal qui se prend pour un poète, rencontre le mystérieux Owen Noone dans une soirée micro. Tout commence en 1995, dans l’Illinois aux États-Unis.

«Il n’avait ni guitare, ni carnet ; il s’est juste campé devant le micro» : une voix laide, une chanson nulle et pourtant ce soir là Owen Noone captive son public et le narrateur avec. «Il ferma les yeux et s’empara du pied de micro ; lorsqu’il entama le deuxième couplet, il semblait avoir tout oublié, les spectateurs tapant dans leurs mains, le fait qu’il chantait faux et jusqu’à sa propre personne». Owen Nonne quitte la scène, redevenant un individu lambda, il discute toute la nuit de poésie et musique avec le narrateur. Le lendemain, ils se retrouvent par hasard en ville et Owen propose sans détour à son nouvel ami de former un groupe. Après tout, pourquoi pas, se dit l’autre. Les voilà sortis du magasin de guitares avec deux de ces instruments dont ils ne savent même pas se servir. Ils grattouillent tout l’été et apprennent à jouer avec un bouquin, sur la chanson «Yankee Doodle» d’Alan Lomax. Owen Noone & Marauder est né.

Un road-trip à travers les États-Unis

Ce premier roman de Douglas Cowie parle de rock, mais avant tout c’est d’une histoire d’amitié improbable qu’il s’agit. Le narrateur, le fameux «Marauder», est un jeune homme sans ambition, pas très emballé par les études. A ses côtés sur la scène, Owen Noone, ancien joueur de base-ball, avec sa belle gueule d’ange, est d’un enthousiasme à toute épreuve. Les deux compères font le tour des bars de leur ville, puis se lancent dans un road-trip à travers les États-Unis. Leur genre délirant fait d’eux des rocks stars. Le style choisi par l’auteur est simple, tout est vu à travers les yeux du Marauder qui s’attache à ce personnage énigmatique et touchant qu’est Owen Noone.

Douglas Cowie prend ses distances avec les romans sulfureux sur la musique, qui accordent une large part au sexe et à la drogue, pour écrire un roman résolument rock. Ici, la musique prend toute la place et se fait l’écho de cette histoire d’amitié surprenante. Les illusions d’Owen Noone et du Marauder sur la musique prennent quelques bosses sur le chemin, mais jusqu’à la fin leur insouciance et leur passion donne envie au lecteur de savoir jusqu’où cette aventure les mènera. Véritable prouesse d’ailleurs de la part de l’auteur, quand on sait que la fin est déjà connue du lecteur depuis la toute première page qui commence par «Tout le monde connaît la fin de l’histoire, voici le début» (un tuyau, sautez la page 9 si vous ne voulez pas savoir).

Alors histoire vraie, inspirée de faits réels ou pure fiction ? En fait, on s’en moque un peu. A la manière d’Owen Noone, ne nous posons pas trop de questions. Comme le Marauder, faisons confiance à cette musique pour nous transporter ailleurs. Accords faux et voix chevrotantes font de cette aventure musicale un roman rock aux mots qui sonnent justes.

Douglas Cowie, Owen Noone & Marauder, 2000, Points, n° P1785, 7,50€

Publié le samedi 25 janvier dans Chroniques, Littérature

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