Live Report > Jeanne Added & Norma : Une + Une

Par Hugo

Une queue longue comme pour l’ouverture du premier McDo de Moscou, voilà ce qui nous attendait pour la deuxième soirée du festival Fuck les Mayas au Connexion Live. Jeanne Added, précédée de Norma, un plateau de frontwomen qui attire forcément le chaland amateur de douces effluves musicales et de triturage de guitare.

« T’as ta place ? Oui oui, t’inquiète amigo ! » Ouf, on respire. Car malheur à celui ou celle qui doit s’en délester, il est immédiatement attaqué par une meute de procrastinateurs qui n’a pas souhaité réservé à l’avance (la tehon).
La soirée affiche complet depuis plusieurs jours, et on doit avouer ici n’avoir jamais vu autant de têtes aussi bien alignées sur les trottoirs de la rue Gabriel Péri depuis les manifestations contre le barrage du Testet l’année dernière, où les Compagnies Républicaines de Sécucurité les bloquaient dans leur longueur sans qu’aucun képi ne dépasse.

Mais ce soir, 11 décembre 2015, point de conflit. On reconnaît les têtes vaillantes quoique fatiguées par la soirée de la veille au Metronum (Odezenne, excusez !) des membres de Jerkov Musiques qui organise depuis maintenant 4 ans ce festoche décalé qui fait la nique à la civilisation maya et leur calendrier qui annonçait la fin du monde pour le 21 avril 2012. Depuis, on célèbre la survie de l’être humain par la découverte de bon son indépendant (rien de tel pour se sentir vivant).

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Norma apparaît alors sur scène toute de blanc vêtue et entame son court set (trop) par une balade folk électrique. Sa voix évoque toutes les représentations de l’americana, elle tricote ses accords de guitare comme on le ferait sur un rocking chair peinard à l’air libre. Mais ce ne sont pas de simples représentations de Johnny Cash ou Fiona Apple ; elle assimile, digère et remet en forme ces influences pour créer une musique dégageant une personnalité impressionnante.
Derrière, on distingue une batterie et  à côté un orgue Hammond. On se doute que la folk aux accents de country va se muer vers une pop puissante qui remue des nuages de poussières telle la Ford Thunderbird de Thelma et Louise.
La référence mécanique se révèle efficace avec In The Volvo et ses nappes d’orgues bien senties, entrecoupés de riffs de guitare fuzzée qui fuzzaient fort du bien. La musique de Norma s’écoute à travers l’autoradio d’un vieux break qui cruise nonchalamment sur la Pacific Highway 1, un vent salé qui s’immisce dans les cheveux, et un labrador sur la banquette arrière.

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30 minutes plus tard, et un arrêt au stand pour recharger le réservoir en houblon, on attend avec impatience Jeanne Added pour la déferlante post-punk. Sa gigantesque basse nous nargue sur scène, alors que les techniciens galèrent quelque peu pour les réglages.
La jeune rémoise s’excuse gentiment, et le public est plongé dans une ambiance plus sombre et définitivement moite. Début des hostilités.

Dans la musique, et notamment dans l’industrie musicale, on aime bien mettre des étiquettes sur les artistes. La labellisation à un genre particulier permet sa légitimation dans le marché et sa place particulière dans les rayons de la FNAC (« L’industrie du disque, ça reste l’Industrie » pour revenir à Odezenne).
Par son parcours et ses choix artistiques (du violoncelle au Conservatoire Nationale de Reims à une formation jazz à la Royal Academy de Londres en passant par un duo avec Rachid Taha ou son trio grunge Linnake), Jeanne Added fait partie de ces artistes inclassables, déroutantes et touche à tout qui expérimentent et explorent en profondeur les moindres possibilités de leur talent. On la trouve là où ne l’attend pas, et inversement.
Ainsi, si son set démarre sur son sommet punk A War is Coming Out, on se surprend à sautiller comme des cabris sur des instrumentations plus dansantes (It). Aussi, lorsqu’elle lâche l’ustensile à 4 cordes, Jeanne Added chante de manière sublime, accrochée au pied de son micro et en même temps capable d’électriser la foule. Le cou tendu, la chevelure d’acier parfaite (qui doit tenir grâce à une simple noisette de Pento™, la gomina des rockeurs), elle exécute des petits pas de danse au rythme de ses deux acolytes électroniques (clavier et batterie). Elle ne fait pas qu’interpréter, elle vit ses chansons et bon dieu ça fait plaisir à voir.

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Puis bim, 22h30, aussi réglé qu’un concert de Police, le show s’arrête au bout d’une petite heure, alors que l’on commençait seulement à se mettre en jambe sous la chaleur écrasante du Connexion. D’aucuns disent qu’il s’agit des politiques publiques municipales contre les nuisances sonores dans le quartier. On rage, on soupire, on avale une dernière gorgée de houblon, on range son Pento et on rentre avec la même haine contre les dominants qui faisait crier à Oliver Twist « I want some more ! »

 

Merci à Jerkov, au Connexion Live et à Anthony Chardron de Thorium Magazine pour les belles photographies !
L’album de Jeanne Added, Be Sensationnal (2014), est disponible dans toutes les bonnes FNAC (ou autre disquaire plus ou moins indépendant).
Pour les Parisiens (y’en a), Norma se produira le 9 mars à la Gaîté Lyrique.
Rendez-vous l’année prochaine, si dieu le veut, Inch’ Maya !

Publié le dimanche 10 janvier dans Chroniques, Culture, Musique

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