Jean Lassalle, le député qui marche

Par Nelly

Jean Lassalle, le député de la quatrième circonscription des Pyrénées-Atlantiques, s’est lancé depuis le 10 avril dans un tour de France à pied. Il a profité de son passage à Toulouse pour donner une conférence à Sciences Po le 17 octobre. GMT était au rendez-vous.

Le député est entré dans l’amphi Montesquieu à vers 18h10, avec quelques minutes de retard sur l’horaire annoncé, ne dérogeant pas à la bonne vieille habitude qui veut qu’un invité se fasse quelque peu désirer. Immédiatement, il a fait part de son émotion : « Je suis très content d’être avec vous, moi qui n’ai jamais fait de science politique alors que j’en rêvais » dit-il pour commencer.

Jean Lassalle a abordé ensuite le vif du sujet : « Je vis certainement l’épisode le plus rare, le plus enthousiasmant et le plus difficile de ma vie politique » déclare-t-il. Depuis quelques mois, le député a entamé une marche à pied et sillonne l’hexagone « en costume cravate, sac à dos et chaussures de sport », à la rencontre des citoyens. Au programme, 17 à 25 kilomètres chaque jour dans cet accoutrement pour le moins atypique.

Le député a annoncé son départ le jour précédant le début de cette aventure dans une déclaration en séance publique à l’Assemblée nationale, sobrement intitulée « La marche ». « Jusqu’à la IIIè République, on ne préparait pas ses discours à l’Assemblée, et c’était très bien. Même si le propos n’était pas toujours bien formulé, il portait la parole du peuple » note-t-il. Le texte évoque ses difficultés à traiter les dossiers liés à son territoire, la perte de repère qui caractérise selon lui notre monde face à l’hégémonie financière et au repli sur soi qu’a engendré la crise. « Cette marche, empreinte d’humilité mais déterminée, est guidée par le souci d’entendre la souffrance, le doute, mais aussi les aspirations et l’espoir des Français » déclare-t-il avec passion dans l’amphithéâtre.

Car c’est bien cela qui fait l’originalité de la démarche de Jean Lassalle. Sans cesse abordé tandis qu’il marche, il écoute les témoignages du peuple. Pour lui ces confidences, ces coups de colère parfois, sont des « contributions » qu’il collecte le long de son voyage. « Je suis remonté à Paris le 20 juin dernier à cause de ce que j’entendais, jamais je n’avais entendu cela en 30 ans de politique » raconte-t-il, stupéfait. Que les Français le remercient pour son action, lui confient leurs maux, leurs ras-le-bol ou parfois même l’insultent, une phrase revient sans cesse dans ce flot de parole : « Ne déformez pas nos propos ». Une requête qui en dit long selon le député sur le fossé qui sépare les élus et le peuple.

Ces témoignages, il invite les citoyens à les inscrire dans ce qu’il appelle ses « Cahiers de l’espoir ». Le nom s’est imposé à Jean Lassalle, fasciné par les cahiers de doléances. « Comme je ne veux pas une révolution violente, car je pense que nous avons mieux à faire en 2013, j’ai préféré les appeler cahiers de l’espoir pour donner toute la force à mon acte. C’est justement parce que les Français me disent leur absence d’espoir que j’ai voulu trancher avec ce nom » explique le député.

Jean Lassalle tient à porter un costume car autant « que sous les pluies, les rafales du vent du nord, les chaleurs caniculaires ou la neige, je suis député ». Un rôle de représentant du peuple qu’il prend à cœur et qu’il ne soupçonnait pas exercer un jour. « Pour moi c’est un énorme devoir qui ne peut pas engager un peu, vous devez tout au peuple qui vous a élu. Le député doit être vêtu selon les rites et coutumes de l’époque dans laquelle il s’inscrit. Je ne suis pas joggeur ou marathonien, je suis député » explique-t-il avec ardeur.

Sa démarche a suscité diverses réactions parmi les autres députés. « Une fois mon discours terminé, j’ai descendu les marches de l’Assemblée lentement pour pouvoir observer les députés. J’ai vu de la pitié, de l’apitoiement, de la mortification, ils devaient penser que j’avais pété un câble » raconte avec franc-parler Jean Lassalle. Manuel Valls lui a souhaité bonne chance et le président de l’Assemblé l’a salué. « Le lendemain, on faisait des détours pour ne pas me parler » se souvient-il avec amusement. Depuis, la situation s’est apaisée et la démarche interpelle plus qu’elle est critiquée. « Ils ont compris que je ne cherche pas à donner une leçon » remarque le député qui qualifie son acte d’ « apolitique au sens partisan ».

Ces deux heures partagées avec le député se terminent sur une conclusion porteuse d’humilité et d’espoir. « Les questions que vous m’avez posées sont lourdes, si je pouvais y répondre après 4000 kilomètres de marche je ne serai pas crédible à vos yeux, et je me suis trop engagé pour ne pas vous donner ce sentiment » explique Jean Lassalle. « Ces réponses ne peuvent exister que si nous le voulons ensemble, si nous voulons redonner un destin partagé à notre pays. Prendre parti rendrait inutile la suite de ma démarche car je n’aurais pas attendu le sentiment des Français, et il m’en reste encore beaucoup à voir » ajoute-t-il. Se sentant l’âme d’un poète, il esquisse une image pour résumer le sens de sa démarche et nous inviter à le rejoindre : « Imaginez un grand champ de blé : j’ai le choix de me coucher et d’attendre, ou de me mettre à travailler mon pré carré en espérant que mon voisin le fera aussi ».

Publié le lundi 21 octobre dans Politique et Economie

Commentaires

  • Zelulu
    Le vendredi 25 octobre à 14:04

    « La part du colibri » est le titre d’un texte de Pierre Rabhi. Il s’inspire d’une légende amérindienne qui commence ainsi :

    « Un jour, il y eut un immense incendie de forêt.
    Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.
    Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.
    Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :
    -Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? !
    Et le colibri lui répondit :
    -Je le sais, mais je fais ma part. »

    Malheureusement, nous avons l’impression que les politiques actuels nous empêchent de faire notre part, et que leur seul but est leur enrichissement qui causera notre perte. Ne découragez pas les bonnes volontés! C’est ce qui arrive en ce moment (je parle de nos dirigeants actuels, pas de vous personnellement)…


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