Interviews> Richard, disquaire chez Croc’ Vinyl

Par Hugo

Chaque mercredi de l’été, le Connexion Café invite dans son antre pétulante un disquaire de la ville de Toulouse à travers les soirées « Mon disquaire et moi ». Chaque mercredi de l’été, GMT plonge dans l’univers et la sélection musicale de l’invité. L’occasion pour nous de rencontrer des professionnels du disque et de parler du métier, mais aussi de découvrir leurs pépites savamment dénichées au creux des catalogues de labels, d’émissions de radios, de blogs ou des cartons de leurs propres magasins !
Hier soir, c’est Richard, disquaire chez Croc’ Vinyl qui se chargeait du gros œuvres ET des finitions. Morceaux choisis.

 

Oubliez La Ferme aux Crocodiles de Pierrelatte (sauf si vous avez moins de 8 ans), oubliez les Everglades en Floride (sauf si vous aimez l’hovercraft), et laissez les crocodiles de Tanzanie à Humphrey Bogart et Katharine Hepburn (sauf si vous êtes une reine africaine), il s’agit ici de discuter de reptiles pour le moins singuliers.

Ceux-ci n’avalent pas des chèvres entières en guise de repas, mais bien des montagnes de vinyles, Cd’s, bandes dessinées et DVD’s, tout ça dans leur habitat naturel au 12 rue des Lois chez Croc’Vinyl. Ouvert depuis 1987 (mais déjà présent sur les marchés de la ville à partir de 1980), Croc’Vinyl reste une des références toulousaines en matière de disquaire indépendant et passionné, qui a entre autres toujours mis en avant le vinyle et les rituels qui l’accompagnent.

On retrouve Richard, pure produit local, 48 ans et toutes ses dents (mais pas de cheveux), qui arrive au Connexion arrimé à une lourd mallette de métal contenant les précieuses galettes.
Entre « sport vinylique » et crise du disque, situation du métier à Toulouse et sélection musicale personnelle, il s’est gentiment plié au jeu des questions-réponses.

Croc' Vinyl

  • Salut Richard. Qu’est-ce que tu viens faire dans le coin ?

Le Connexion nous a invité pour faire l’ouverture des soirées « Mon disquaire et moi », on a accepté avec le plus grand plaisir ! L’origine vient du « Disquaire Day », Mathieu [Narbonne, qui s’occupe de la programmation de la salle] avait déjà organisé le même genre de soirée avec d’autres disquaires toulousains, et il s’est avéré que ça a été la meilleure soirée de la saison pour eux, financièrement parlant ! Ça mérite du soutien, car je trouve l’initiative vraiment bonne.

  • Tu es disquaire, mais pourquoi donc ? Qu’est-ce qui t’as poussé à choisir ce métier ?

C’est un concours de circonstance. J’étais contractuel de l’Education Nationale en tant que documentaliste-archiviste, je suis passé par le lycée Hôtelier et le lycée Jolimont, puis j’ai été en recherche d’emploi pendant un peu moins de 2 ans. Je suis un passionné de disques, j’en ai quelques milliers à la maison, et j’étais également un client régulier de Croc’ Vinyl, mais je ne travaillais pas du tout dans ce milieu là !
Eugène Corono-Pineda (fondateur du magasin) m’a alors proposé de continuer « l’aventure vinylique » avec lui et j’ai accepté. Ça fait 6 ans maintenant !

  • Croc’Vinyl précisément, tu peux nous parler un peu du magasin ?

Oui, on existe depuis 1987, le premier magasin était rue Pargaminières, et c’était vraiment tout petit, je me souviens ! Il y a eu jusqu’à 3 magasins, rue Pargaminières donc, mais aussi rue de la Colombette et rue des Lois, adresse du magasin actuel. Au niveau géographique, il valait mieux garder celui-là. Ils ont connu l’âge d’or du disque dans les années 80, mais aussi la « période noire » du disque annoncé par les gros groupes. Mais les petits disquaires se battaient et se battent toujours pour déclarer leur droit de vendre du disque.

  • Justement, je vais te taquiner là-dessus, mais comme on l’entend un peu partout : est-ce que le disque est mort ?

Non, pas du tout, il n’y a qu’à voir les sorties, ça n’arrête pas ! Le problème est surtout au niveau de la structuration des labels. C’est assez difficile, surtout pour les petits qui n’ont pas forcément les finances assez grandes pour presser tous les disques qu’ils voudraient. Comme d’habitude, les gros groupes ne cherchent eux que la rentabilité : il s’agit de sortir des disques qui marchent !

  • Toi qui es plongé dedans quotidiennement, c’est quoi être disquaire en 2013 ?

Pour moi, c’est avant tout une passion ! C’est un plaisir du vendre du disque, d’essayer de conseiller des personnes à aller vers tel disque, à écouter telle chose (« je t’ai déjà vu d’ailleurs ? » Qui ? Moi ? Hein ? Non, j’avais piscine) ! Il y a toujours des curieux, et d’autres un peu moins qui veulent absolument les références qu’on leur a dit ou qui ne vont pas chercher ailleurs. Mais c’est un peu ça le défi : aiguiser la curiosité des gens qui rentrent dans le magasin !

  • Est-ce que Toulouse a une histoire particulière avec les disquaires ?

Toulouse a la chance d’être une ville avec énormément de disquaires, et pour ma part, je me suis forgé une grande partie de ma culture musicale et culturelle grâce à eux. Il y avait un magasin génial à Toulouse où j’ai découvert pas mal de trucs et où j’ai rencontré pas mal d’amis. On discutait souvent, et on se disputait parfois ! Pour des disques ! Mais c’était toujours bon enfant et ça se finissait à la terrasse d’un café à comparer nos mixtapes.
Ce magasin, c’était Les Nouvelles Galeries Atomium, rue du Coq d’Inde. C’était génial ! Outre du vinyle et du Cd’s, le proprio organisait aussi des expos d’artistes complètement fous qu’on retrouve aujourd’hui sur des pochettes d’albums, comme Pakito Bolino par exemple.
Atomium
Du point de vue de la scène, on a aussi la chance d’avoir à Toulouse 3 salles intramuros qui programment assez de groupes différents pour pouvoir s’intéresser à ce qui se fait. Le Saint des Seins à la programmation la plus ambitieuse je pense, et j’aime beaucoup le Connexion ! Avec la Dynamo, c’est quelque chose qui est en train de se mettre en place, j’espère que ça se fera intelligemment entre les salles. On aura alors plein de bons groupes à voir à Toulouse !

  • Tu vas passer exclusivement du vinyle ce soir, quel est la place de la galette noire chez Croc’ Vinyl ?

Le vinyle représente 90% du magasin, après ça se répartit les 10% entre les CD’s et les BD.

 

On arrête le magnéto, on se paye une bière, et vient l’heure fatidique de la sélection musicale. Richard est venu avec une soixantaine de vinyles, dans des styles assez larges mais très rock « vu qu’il fait assez chaud ». Il précise aussi qu’il n’est pas DJ, mais « sélecteur », et qu’il tente de choisir correctement ses morceaux.
On va voir ça !

The Asphodells – Beglammered : « Pour cette soirée, je vais commencer par un de mes maîtres à penser en matière de disque, Andrew Waetherhall. Il est super connu pour avoir produit l’album « Screamadelica » de Primal Scream qui a lancé l’acid-house. C’est un mec qui a commencé comme DJ à passer du reggae et du punk dans des clubs anglais, maintenant c’est un des plus grand DJ électro. Mais il ne fait pas que ça ! Il a une émission sur la BBC6, et il produit beaucoup d’albums, il sort ses propres morceaux.
Et son dernier projet, c’est donc The Asphodells, [avec l’album « Ruled by Passion, Destroy by Lust, sorti en 2013] qui pour moi est un des meilleurs albums de l’année. Je le mets très sincèrement dans mon top 10 de cette année ! »

E.S.G. – Dance : « Classique 80’s des dancefloors et toujours présent dans ma caisse à vinyle ! »

Liquid Liquid – Cavern : « De l’excellent punk-funk à la new-yorkaise, un groupe qui influencera LCD Soundsystem plus tard ! »

The Undertones – Teenage Kicks : « Là encore je voulais faire un petit clin d’œil à un autre de mes maîtres à penser qui était John Peel, et qui faisait une émission à la radio anglaise que j’écoutais quand j’étais gamin. J’essayais tant bien que mal de choper la BBC et je me suis vite rendu compte que ce type était un dieu pour beaucoup de gens, et il l’est devenu pour moi aussi.
Et donc ce titre là, c’était son titre préféré, il le passait sans arrêt ! »

Lotterboys – Heroine : « Ouais ! Un super morceau mais attention, je ne suis pas un drogué ! »

The Limiñanas – Betty & Johnny : « Alors c’est un groupe de Perpignan, qui va bientôt passer à Toulouse d’ailleurs au Saint des Seins, et je conseille vivement de ne pas rater cette date pour ceux qui auront le chance d’être là. Je crois que ça va être pendant le Summer Festival ou le Winter Festival, on ne sait pas trop encore. »

 

Outre le sport vinylique, Richard fait également partie du groupe Wild Women & The Savages, dont le premier EP vient de sortir et que vous pouvez trouver chez tous les bons disquaires (héhé). Vous pouvez les retrouver au festival Rabastock à Rabastens le 20 juillet en compagnie d’autres groupes locaux !
Il anime également une émission de radio sur Radio Campus, Mucho Bizarre, sur « tout ce qui est un peu bancal, de l’électro mais pas que ! »

Croc’ Vinyl,
12 rue des lois
31000 Toulouse

05 61 23 79 90

lun. 14:30 – 19:00
mar.-sam. 10:30 – 19:00

Publié le jeudi 11 juillet dans Chroniques, Culture, Musique

Commentaires

  • Croc Vinyl
    Le vendredi 19 juillet à 12:24

    Merci beaucoup pour cette sympathique interview

  • Croc Vinyl
    Le vendredi 19 juillet à 13:36

    Cet interview sympathique, c’est plus français 😉


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