Interviews > Aurélien Bory, metteur en scène de l’espace

Par Hugo

Alors quand on dit « artiste de l’espace » pour parler d’Aurélien Bory, c’est autant pour placer sa démarche artistique dans les stratosphères du théâtre que présenter les thématiques de ses pièces dont le sujet principal reste l’espace. Un jeu de mot plutôt balèze donc, mais pas aussi fort que l’entretien que nous avons réalisé avec ce chorégraphe, metteur en scène et scénographe qui a présenté dimanche 19 octobre au Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées (TNT) sa pièce « Sans Objet » dans le cadre du festival Focus Cirque.

Crédit photo : Aurélien Bory

Crédit photo : Aurélien Bory

« Sans Objet », c’est un dialogue avec la technologie, une pièce dont le personnage central est un immense bras articulé venu tout droit d’une chaîne de montage automobile Opel.
Présentée pour la première fois il y a tout juste 5 ans, cette création du TNT permet à Aurélien Bory et sa compagnie (la Compagnie 111) de huiler son robot et ses deux comédiens pour relancer la machine après des performances aux quatre coins du monde.

  • Love Against The Machine

« Le théâtre est un art où l’on n’a pas d’autres choix que de se soumettre aux droits de la physique, de la gravité et de la mécanique générale » explique ce toulousain d’adoption passé par des études de physiques en Alsace puis un détour par Le Lido à Toulouse.
Au fil de l’entretien, on comprend vite que ce qui botte Aurélien Bory, c’est l’expérience dans sa définition la plus large : scientifique, artistique, physique, visuelle, sensorielle,…En déplaçant le contexte d’un objet, son idée est de déplacer le regard porté sur cet objet, à la manière d’un ready-made de Marcel Duchamp.

Dans sa pièce, il ne mise pas un boulon sur un hypothètique message pré-conçu louant les bienfaits de la technologie ou tentant d’avertir le public face aux dérives que le progrès technique pourrait engendrer, plutôt des questionnements sur notre rapport grandissant à la technologie : « à la fois, on la souhaite, on la désire, elle nous fascine ; et en même temps on la subit, elle nous force à nous adapter à elle ».
Derrière ce robot, il y a donc l’idée d’autonomie de nos sociétés, mais aussi une certaine recherche de délicatesse et de fragilité dans ce monstre mécanique et un double rapport « robot-humain » : « une marionnette technologique que Tristan [Baudoin, le programmateur et manipulateur du robot] pilote d’un côté et le robot qui manipule les deux garçons sur la plateau de l’autre. On suit la technologie
personne ne devance le technologie » ajoute-t-il.

  •       Contraintes par corps

Si Sergio Leone a sa trilogie du dollar, Aurélien Bory et la Cie 111 ont leur « trilogie de la dimension » : « IJK » (2000), « Plan B » (2003) et « Plus ou Moins l’Infini » (2005, mis en scène avec le chorégraphe new-yorkais Phil Soltanoff), où architecture, géométrie et les contraintes qui en découlent s’invitent sur scène.
Travailler sous contrainte, c’est en effet une des marques de fabrique des créations de la Compagnie 111 : jeux de jonglage horizontaux pour « IJK », plateau incliné pour « Plan B », possibilités de mouvement réduites dans un espace restreint pour « Plus ou Moins l’Infini », acrobaties la tête en bas pour « Azimut » (2013), sa dernière pièce avec le groupe acrobatique de Tanger,…des pièces qui proposent toujours aux spectateurs une expérience assez détonante (boum) et laisse une place particulière à leur imaginaire.

Et là on vous voit venir. Vous qui passez vos soirées dans les longs couloirs du TNT et le moelleux de ses sièges bleus (rime riche), vous savez qu’Aurélien Bory est un des artistes invités du TNT cette saison. Et vous avez bien raison.
Aurélien Bory adaptera en effet pour la scène « Espèces d’Espaces » (1974) de l’oulipien Georges Perec, dont il partage là encore ce goût pour la contrainte et les mathématiques. Un projet qui va courir sur trois années et dont il présentera trois « b(r)ouillons » par an avant la programmation de la pièce à la fin de l’ année 2016. Trois brouillons/bouillons notamment réalisés avec l’ATELIER, la pépinière de comédiens du TNT, autrefois nommé « Atelier Volant », un hommage à Valère Novarina, dont Aurélien Bory ne tarit pas d’éloge lors de notre rencontre : « Chez Perec et Novarina, il y a un rapport à la langue particulier, une façon de dire la langue et surtout ce point commun qui est le goût des listes ».

Vous pourrez donc retrouver les « vrais brouillons » d’après Georges Perec et mis en scène par Aurélien Bory en mars, en avril et en mai prochain au TNT, ainsi que « Sans Objet » du 2 au 6 juin 2015. Le temps pour vous de prendre des petits bouts de trucs et puis les assembler ensemble mais également ré-écouter à loisir l’entretien complet avec Aurélien Bory que Thomas de l’émission « C’est la Merde » a réalisé !

Interview d’Aurélien Bory, metteur en scène (19-10-14) by Good Morning Toulouse on Mixcloud

Hugo Carayon

Publié le samedi 01 novembre dans Chroniques, Culture

Commentaires


*
(invisible) *