Interview > Heymoonshaker & John Fairhurst, dubstep et musique du diable

Par Hugo

Chez GMT (surtout chez l’ancien directeur des programmes), on a l’habitude de faire les choses en retard. Mais on a aussi l’habitude de les faire bien. Mais en retard. Mais bien (ça suffit).
On vous ressort donc du grenier cette interview du duo anglais Heymoonshaker, accompagné du guitariste tout aussi anglais John Fairhurst, réalisée lors de leur venue dans la ville rose en avril dernier. Un article qui tombe à pic direz-vous,  puisque ces énervés musicaux (Dave Crow au beatbox, Andrew Balcon à la guitare) ont décidé de repasser à Toulouse, dans la même salle du Connexion Café ce vendredi 29 novembre. De quoi vous faire une petite idée de la chose, ou quand Skrillex rencontre Muddy Waters.

GMT : Pour commencer, pourriez-vous vous présenter pour nos auditeurs/lecteurs/procrastinateurs ?
Dave Crowe/Andrew Balcon : Salut ! Nous sommes Heymoonshakers, et on aimerait vous introduire notre musicien favori, avec qui on traîne et surtout avec qui on joue : John Fairhurst !
John Fairhurst : Salut ! J’aimerais remercier énormément Heymoonshaker de m’avoir invité sur leur tournée. C’est mon groupe préféré dans tout ce putain de monde et deux de mes meilleurs amis !
HMS : Mais de rien, c’est un plaisir !

GMT : John, tu vas rester sur toute la tournée ?
AB : Non, il va être là sur 4 dates en France, mais on a joué 1 mois entier en Angleterre.
DC : Il a commencé à nous rejoindre pour la première fois à Lille, Beaumont (près de Clermont-Ferrand), Toulouse ce soir et demain Marseille.

GMT : Comment vous êtes-vous rencontrés ?
DC : On a vu John Fairhurst dans un festival en Angleterre.
AB : On nous a dit qu’il y avait un bluesman en circulation qui pouvait nous intéresser.
DC : Le bluesman dont nous devions nous méfier, haha ! C’est tout ce qu’on a entendu !
JF : C’est vrai ? Mais vous savez les gars, on m’a parlé de vous de la même manière la première fois. « Ces mecs jouent du blues, mais putain, qu’est-ce que tu fous ?! Va voir un peu ce qui se passe ! ».
JF : On s’est rencontré sur scène lors d’un « three-way fingers » : ces deux mecs, mon groupe et moi. Alors on a joué ensemble, et ensuite on a fait la fête jusqu’à l’aube. Un bon début !

GMT : Et vous deux, Dave et Andrew, comment vous êtes-vous rencontrés ?
AB : En Nouvelle-Zélande. En jouant au golf.
DC : Ouais, on jouait au mini-golf, et il m’a présenté à son groupe, on s’est pris un bière, il a sorti sa guitare, j’ai fait péter le son, et ça déchirait.
GMT : Donc 2 anglais en Nouvelle-Zélande…
DC : (il mime l’avion)
GMT : Pour jouer au mini-golf !
DC : C’est ça ! J’avoue que c’est bizarre. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’autre en jouant au mini-golf…quelqu’un que j’aimais en tout cas !

GMT : Vous jouez du blues, vous faites du beat-box et jouez de la dubstep, c’est un mélange bien particulier, comment définiriez-vous votre musique ?
AB : Je définirais notre musique comme deux personnalités complètes qui s’opposent, et qui trouvent un point de chute commun, et ce point de chute, c’est la musique. Pour les gens, on est opposés, même si pour les dernières années, on s’est trouvé beaucoup de points communs (DC : « Ouais, moi aussi j’aime la pizza ! », AB : « Mais moi aussi j’aime la pizza ! »). C’est plus une relation amicale qu’une relation musicale.
DC : Oui, et le fait que nos genres favoris soient mélangés et combinés et le son qui en sort, c’est seulement grâce à ses propres influences et aux miennes. On pose tout ça sur la table : si ça sonne faux, si ça sonne comme de la merde, on ne va pas plus loin. Si ça sonne bien, on continue à travailler encore et encore.
AB : Et ce qui est magnifique avec ce projet, c’est qu’il n’y a seulement qu’une guitare et du beat-box, rien d’autres. On est capable d’explorer beaucoup plus de possibilités à travers notre démarche, que ce soit avec d’autres musiciens comme John Fairhurst justement.
DC : Quand on est retournée en Angleterre, on s’est revu avec John, ça faisait un an, on lui a demandé si il voulait jouer avec nous, il a dit « oui ». On a joué, et bordel, on aurait dit le putain de Led Zeppelin sous ecstasy ! Après ça, c’était « hé mec, tu veux venir sur les autres dates de la tournée ? ». Et il l’a fait.
JF : J’ai eu un mois complétement fou avec mon groupe et HMS. C’étaitun peu le méga gros bordel made in England !
AB : Ouais, à la fin c’était son groupe et notre groupe qui jouions ensemble constamment. On était vraiment tout le temps ensemble, les personnes de mon groupe et eux, ce qui faisait un paquet de monde sur scène entre les guitaristes, le batteur, le bassiste, l’harmoniste, le chanteur,…

GMT : Tous ces gens-là sont des amis d’enfance ou bien vous vous êtes rencontrés au gré des concerts ?
AB : Oui, en fait on s’est tout rencontrés en jouant au golf ! (rires + blagues sur les trous que la morale réprime racontées par Dave Crow). La première fois qu’on s’est vu, j’avais 21 ans, lui 20 ans, et mes potes de lycée que je ne vois plus trop d’ailleurs, ils ont fait tout le boulot graphique sur nos albums depuis le debut (Creative Monkey). Tout l’artwork, c’est eux. Je reste proche d’un ou deux potes de classe, mais pour tout dire, ceux qui restent mes meilleurs amis, et bien je vis avec eux tous les jours.

GMT  : Dave Crow, comment t’es-tu lancé vers le beatbox ?
DC : C’est tout simple. J’ai juste vu un mec faire du beatbox et je n’avais jamais rien vu de tel. Quand je l’ai vu, ça m’a fait le même effet que la première fois qu’on m’a fait un tour de magie. Tu te souviens la première fois qu’on t’a fait un tour ? T’as genre 5 ans et un mec fait son truc devant tes yeux et tu te dis « putain de merde ! ». C’est comme si tout était possible parce que tu as aucune idée de ce qui se passe.
Le premier tour de magie que j’ai vu, c’était avec mon père et mon oncle dans un pub, ils étaient complètement saouls (il nous fait le tour avec un paquet de cigarette. Il rate son coup. On se marre bien). Bref, ça m’a retourné le cerveau cette histoire. J’étais très jeune et surtout pas très malin. Mais je n’ai jamais ressenti la même chose jusqu’au jour où j’ai vu un beatboxer. C’était hallucinant, je croyais que c’était de la sorcellerie. Et si j’étais capable de maîtriser cette technique et faire ressentir aux autres ce que moi j’ai ressenti, ce serait génial. Et je ne me suis pas trompé bordel !
JF : On ressent un peu la même chose quand on joue avec des musiciens vraiment bons, c’est comme de la magie. Avec Heymoonshaker par exemple, on fait de plus en plus d’improvisation sur scène, notamment avec tous ceux qu’on rencontre au cours de la tournée et qu’on invite sur scène. Il n’y a aucune organisation. La première fois qu’on discute vraiment avec la personne, c’est à travers son instrument devant un public, pas avant. Il n’y a pas de setlist, pas de préparation, rien n’est millimétré. Et ça c’est vraiment un expérience incroyable.
DC : C’est pour cela qu’on est addict et dépendants de ça !

GMT : Pendant tes parties de beatbox, ça a l’air extrêmement physique, ça ne te crève pas à force ?
DC : Oui, c’est ultra physique et très fatiguant. Je meurs à chaque fois !
AB : C’est comme si Zara vendait de l’hyperventilation (bonne blague que personne ne comprend !). Ou si tu veux, c’est un peu comme un chien !
DC : Oui, je ressemble beaucoup à un chien en fait ! Je suis loyal (AB : « Il va chercher la balle ! », « JF : Et il chie sur le trottoir ! »). En effet, je le fais ! Mais je traîne avec des mecs qui ramassent derrière donc ça va, c’est cool. Mais non sérieusement, il y a une technique à tout, et ça s’applique au beatbox, comme à tout autre art. A partir du moment où tu te perds dans la technique, c’est quand tu perds ta technique justement. Quand tu arrives à te détacher de la technique, c’est là que la musique, la vraie putain de musique, la vraie passion arrive.
GMT : Oui, c’est la même chose pour la guitare ou le chant.
DC : C’est ça ! Si tu arrives à un point de la technique où tu te sens bien, où tu peux vraiment te sentir complètement perdu, et quand tu le fais, tu t’y détaches, tu es à fond dans ton truc, tu transpires, et pour ma part je délire complètement. Parce que quand on joue de la bonne musique, on se sent bien et on se détache de tout. Mais oui sinon, c’est absolument fatiguant. Comme jamais.
JF : Ouais, tu y mets ton cœur et ton âme et pourquoi tu ferais ça ? Pourquoi ? C’est crevant parce que tu donnes tout, et si tu ne le fais pas, les sensations passent à côté.
DC : Oui, tu n’as rien en retour. Disons que si tu donnes tout, tu en retires 4 fois plus du public, donc c’est ultra jouissif.
JF : Oui, ce soir, c’était vraiment comme ça bordel ! Une expérience formidable !

Heymoonshaker, vendredi 29 novembre au Connexion Café, première partie assurée par les toulousains psychédéliques de The Rusty Bells (10.50 euros en prévente, 11.50 sur place/début 20h)

Publié le mardi 26 novembre dans Chroniques, Musique

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