[INTERVIEW] Grand Blanc, l’ardeur froide !

Par maxime

Dans le cadre du festival Le Week-End des Curiosités, nous avons eu la chance de pouvoir interviewer Benoit, auteur et chanteur dans la formation pop-rock Grand Blanc, véritable révélation de ce début d’année 2016.

Il y a la musique que vous aimez, et celle qui vous marque ! C’est dans cette deuxième catégorie que je classerais le son distillé par le jeune groupe de pop-rock français Grand Blanc.

Découvert par pur hasard à l’écoute de l’excellente Tsugi Radio, leur morceau « L’amour fou » fut une sorte de coup de foudre pour mes oreilles pourtant réticentes, je l’avoue, à la chanson française de ces dernières années…

Mais voilà, il y a dans Grand Blanc une énergie formidable ! Une force froide parfois douce, parfois brutale, animal et sauvage…. La glace et le feu. L’amour et la violence !

Leur premier album « Mémoires vives », sorti il y a deux mois sur le label Entreprise, regorge de pépites pop rock. Un disque auquel je vous conseille très fortement de jeter une oreille, ou les deux.

Et c’est dans le cadre de leur programmation sur le Festival du Week-end des Curiosités du Bikini que j’ai eu le grand plaisir de pouvoir m’entretenir avec Benoit, auteur et chanteur du groupe.

GB3

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GMT : C’est la première fois que vous allez jouer à Toulouse ?

Benoit : Non c’est la deuxième, la première fois on avait joué à la Dynamo ! On les salue, c’était vraiment cool  !

 

GMT : Sinon quand on te dit Toulouse, c’est quoi la première chose à laquelle tu penses en général ?

Benoit : Bah je crois qu’on pense qu’il fait vachement plus beau que chez nous. Et vachement plus beau qu’à Paris ou à Metz.. Et je crois que ça nous fait un peu rêver ! (rire) On est tous originaire de Metz en fait et on a pas été habitué à beaucoup de soleil et à des températures hautes disons…

 

GMT : Tu visualises la salle du Bikini ou pas ?

Benoit : Alors, on a matté les photos, parce qu’on a entendu des bruits qui couraient selon lesquelles il y aurait une piscine dans la salle ou à côté de la salle. Et du coup on a regardé et…. Et la salle est très classe ! Mais on a pas élucidé cette histoire de piscine !

 

GMT : Alors je te confirme qu’il y a bien une piscine si t’as des envies de bain de minuit !

Benoit : Ah bah trop bien !

 

GMT : Je pense que peut être pour vous ça sera possible de s’y baigner …

Benoit : On va tirer ça au clair !

 

GMT : Donc à Toulouse vous allez passer dans le cadre du festival du Week-End des Curiosités, c’est un festival dont la ligne directrice est la « Découverte » . Comment vous vous définiriez pour les quelques curieux du festival qui ne vous connaissent pas encore ?

Benoit : C’est une question compliqué ! Olala, on a souvent cette question et je crois que j’arrive jamais vraiment à y répondre correctement ! Disons qu’on est un groupe qui essaye de faire une synthèse entre toute la musique qu’il a ingéré… donc entre de l’électro, du rock, de la chanson ! En essayant d’en faire quelque chose de cohérent et de contemporain. Et après, pour définir plus précisément, faut venir au concert et se faire un avis !!

 

GMT : En parlant de festival, vous abordez la période ! J’ai vu que vous êtes programmés sur pas mal d’évènements. Il est comment l’état d’esprit avant d’aborder cette saison ?

Benoit : On a eu la chance de tourner déjà un peu l’été dernier ! C’est vrai que c’est assez différent. L’état d’esprit il est cool parce qu’à priori il fait assez beau. Et puis l’ambiance est à la détente, y’a beaucoup de joie et de bonne humeur.

Après physiquement c’est un peu différent parce que tu ne rencontres pas forcément des publics qui te connaissent et c’est une manière différente de jouer sa musique. Il faut plus se vendre disons…

Et je crois que c’est un truc pour lequel on n’était pas trop fait au départ, c’était pas naturel pour nous. Et puis avec le temps, on y a pris quand même vachement goût ! Parce que finalement , c’est très intéressant de jouer sa musique en se demandant comment la rendre la plus attrayante et la plus catchy possible. Et voilà, pour nous c’est toujours vraiment cool !

Sachant qu’il faut parfois se battre avec la buvette Ricard qui est à 200 mètres derrière pour garder les gens ! Il y a un côté défi qui est très cool !!

 

GMT : En parlant de festival, ça se passe comment quand vous partez en tournée ? C’est plutôt ambiance studieuse ? Tourisme ? Repos ? Fête ?

Benoit : Euuuuh… Nous on aime bien la chouette partie de notre métier qui consiste à rencontrer des gens et à boire quelques bières. Après comme on tourne de plus en plus, on essaie de mélanger ça avec une ambiance studieuse parce qu’après on est trop cassé… Mais on reste plutôt festif disons !

 

GMT : Ça vous permet de rencontrer du monde les festivals je suppose ?!

Benoit : Bah ouais, carrément, ça nous permet dans un premier temps de rencontrer le public, que ce soit le nôtre ou des gens qui ne nous connaissent pas. Et puis aussi pas mal d’artistes, parfois qu’on connait déjà ou qu’on est assez touché et impressionné de rencontrer. Et parfois simplement de découvrir des groupes et des musiciens. Voilà c’est vrai que c’est une très très belle partie de ce métier !!

 

GMT : Revenons sur votre album, sorti il y a quelques mois, et franchement bien accueilli par la critique, c’est quoi l’état d’esprit maintenant que cette pression est retombée ?

Benoit : L’état d’esprit c’est qu’on a eu une première partie de tournée assez vénère. C’est la première fois qu’on tournait autant en si peu de temps. Donc déjà on a eu un petit trou comme ça avant d’attaquer l’été et on en a profité tout simplement pour se reposer parce qu’on était un peu cassé. Et en fait le truc c’est qu’en tournant beaucoup t’as pas forcément le temps de modifier un peu le set ou de prendre du recul. Donc là du coup on est pas mal reparti en studio de répét’ pour revoir un peu les morceaux.

Pour l’état d’esprit on se rend compte que c’est un premier album, c’est un objet complexe. Il y a beaucoup de tracks… Passé d’un format enregistré au live, c’est déjà une espèce de seconde vie pour les morceaux et on se rend compte qu’il y a toujours de la marge.. Pour nous l’album est très actuel dans le sens où on réfléchit vraiment à en donner le meilleur et faire passer le meilleur sur scène. Et la dessus il y a toujours du taff je crois.

La pression est retombée, oui, mais en fait c’est juste plus la même. Maintenant c’est entre le public et le concert plutôt qu’entre l’album et les journalistes ! Et nous on a pas de souci avec la promo mais c’est vrai que c’est plus agréable d’être dans le rapport plus détente, plus frontal de la scène et des concerts. Au moins t’as l’impression que tu peux plus y faire quelque chose que juste envoyer ton album à des gens et voir ce qu’ils vont en dire !

 

GMT : Et justement face à ces réactions très positives, et face à une célébrité assez soudaine, comment vous réagissez ? C’est pas un peu déconcertant ?

Benoit : Oui c’est déconcertant et à la fois c’est difficile à palper. Comment dire, tu vois on a eu un bon accueil de la presse spécialisée mais on n’a pas fait la couv’ du Monde, on n’est pas aller jouer sur Canal+, on est pas en playlist de France Inter. Donc déjà la progression médiatique elle est compliquée à estimer, c’est assez abstrait. Et puis dans les faits on a essayé de se limiter à « une bonne critique est une bonne critique » et à être simplement touché. Et quand on voyait les mauvaises critiques, de se dire que c’est pas grave parce que c’est le jeu.

Par contre la part tangible d’avoir fait un disque plus relayé c’est qu’on se retrouve en concert avec des gens qui connaissent les morceaux, qui ont l’air d’avoir attendu le concert et ça c’est vraiment plus concret et ça fait énormément plaisir !

Donc en gros c’est beaucoup de kiffe et un peu de travail sur soi pour ne pas mettre son attention au mauvais endroit et essayer de garder un sentiment positif.

 

GMT : Oui parce que je suppose que ça doit faire un peu flipper quand ça arrive ?

Benoit : Ouais, ouais c’est un peu flippant. Autant que c’est touchant. Mais c’est vrai que sans partir trop loin dans des trucs d’artistes , y’a quand même un sentiment de dépossession. Quand tu mets un an de ta vie dans un disque, ce disque c’est clairement une part de toi ! Et quand tu vois cette part de ta vie partir, et que tu la donnes clairement à des gens, à des médias, y’a un truc un peu étrange. C’est un peu mystique comme expérience, ce sentiment d’avoir mis un bout de toi dans un petit bout de plastique et de le donner aux gens comme ça.

C’est ce que tu recherches un peu dans un disque aussi. Un bout de vinyle normalement ça te survivra, si tu le conserves bien. Mais y’a aussi quelque chose d’assez curieux qu’il faut apprendre. Mais on le vie bien pour l’instant.

 

GMT : Dans Grand Blanc c’est toi qui composes les textes, qu’est ce qui t’inspire quotidiennement ?

Benoit : A vrai dire moi je ne choisi pas les thèmes avant d’écrire les textes, je bosse essentiellement sur la sonorité de la langue. Donc en fait ce qui m’intéresse c’est essentiellement des mots. Et pas des mots écrits mais des mots dits ou chantés. Le sens, lui, vient après, quand on cumule suffisamment d’étrangetés, de hasards, de jeux de mots, de sons, et qu’on arrive à un objet musical que l’on trouve assez intéressant ou perturbant.

Après on regarde quel sens est proposé là-dedans. Et puis en deuxième main on se dit « Tiens, ça dit exactement ce sentiment qu’on aurait aimé dire ». Voilà, on bosse vraiment avec un truc de semi conscience. On travaille d’abord sur le son des choses avant de définir leur sens et de se démerder pour que ça prenne forme. Donc voilà l’inspiration elle est dans la langue mais pas dans la langue écrite, plutôt dans langue en tant que sonorité.

 

GMT : Dans pas mal d’interviews, j’ai remarqué la récurrence du terme « Violent » (dans le contexte musical du terme), pour vous c’est un exutoire la musique ? Faut que ça cogne ?

Benoit : Ouais, nous on a beaucoup ça ! Alors après d’une manière un peu à nous parce qu’on fait pas du punk hardcore, on fait pas du gros métal. On est attaché à la pop, aux chansons, et en même temps on veux y mettre vraiment de la violence. J’avais pas tiqué que ça revenait autant et je nuance, on parle pas de violence physique évidemment, c’est pas de la violence dans le sens néfaste du terme.. Mais plus comme une énergie vitale ! (rire)

Mais voilà après on aime bien les trucs de trans, de sur-jeu, de sons agressifs..

 

GMT : Que ça vienne des tripes en fait ?

Benoit : Ouais voilà. En gros ça nous semble beaucoup plus ressemblant à la vie réelle que la quiétude ou l’absence de question. En gros l’enjeux c’est que notre musique ressemble à notre vie. Ce qui caractérise l’existence c’est pas le fait d’être univoque, clair ou simple en général, c’est plutôt la complexité, le fait que les significations, les sens soient multiples au même moment. Et voilà on essaie de faire de la pop vénère pour qu’il y ait deux sens à la fois. A la fois ce truc extérieur, consommé, qu’il y a dans la pop et à la fois le truc très violent qu’il y a partout !

 

GMT : Qu’est ce que vous écoutez entre vous comme musique en ce moment ?

Benoit : Alors, ce soir on va voir « Suuns » à la Villette Sonic. On est resté complètement québlo sur le dernier album de « Suuns » qui est trop bien !! Il y a aussi l’album de Usé qui est sorti sur le label Born Bad. C’est un très très bon album de noise, mais de noise assez particulière parce que ça chante en français dessus. Et c’est assez bien produit finalement, c’est un disque qu’on a trouvé complètement ouf !

Je crois aussi que ça fait deux ans qu’on écoute tous « Tame Impala » comme des ouf ! Et du coup, on a un peu envie de mettre des trucs psychés dans notre musique. Je crois que si on fait des morceaux bientôt, on mettra un peu du psyché dedans. Donc c’est assez large, ça oscille entre des groupes introuvable de Noise française et du psyché. Suuns je ne sais même pas comment on pourrait le qualifier tellement c’est un Ovni !

 

GMT : On vous a vu être remixé par Flavien Berger, Spitzer, Molécule, l’exercice du remix c’est quelque chose qu’on vous a déjà proposé ? Ça vous tente ou pas?

Benoit : Alors on nous l’a très peu proposé pour l’instant, mais de plus en plus quand même. Mais on le fera quand on aura le temps. Parce qu’on adore ça. On l’a encore jamais fait et on aimerait bien commencer avec le bon morceau, au bon moment ! Parce qu’un remix ça peut être très bien, comme bien de la merde, et ça serait dommage qu’on fasse un gros remix de merde dès le début !

Donc on va y aller tranquille… Mais c’est un truc qu’on fera et qu’on a vraiment très, très envie de faire !!

 

GMT : Je sais que tu es une personne assez littéraire, tu as un bon bouquin à nous conseiller ?

Benoit : Waaaa c’est hyper vaste… Mais attends il y en a un qu’on a presque tous lu dans le groupe ! C’est un bouquin de fantaisy, par un journaliste et écrivain de SF qui s’appelle Alain Damasio. Et le livre s’appelle « La Horde du Contrevent. » C’est un bouquin de 800 pages qui retrace l’histoire d’une horde de gens qui vont contre un vent à décorner les bœufs pendant tout le récit. C’est une symbolique hyper poétique et c’est aussi super malin puisque l’auteur est assez critique vis à vis du système.

 

GMT : Une dernière question, samedi vous serez sur la scène du Bikini, est ce que t’as un message pour le public Toulousain avant de jouer devant eux ?

Benoit : Ouais, bah déjà faut qu’ils viennent, ce sera cool ! Après nous on appelle souvent les gens à monter sur scène, à enlever leurs fringues, à faire des batailles de bières, à danser, à se faire des bisous et tout ! A se sentir vraiment très très libre d’être comme ils le veulent, et pas prisonnier de la musique ou juste dans une écoute un peu désincarné. Du coup s’ils ont prévu d’être vivant au Bikini, ça nous va, on aime bien les trucs vivants !!

 

GMT : C’est noté, beau message en tout cas ! C’était très sympa à toi de prendre le temps de me répondre. Merci  beaucoup!

Benoit : Merci, c’était très cool de proposer l’interview.

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Grand Blanc sera sur la scène du Bikini, le samedi 4 Juin, à l’occasion du festival du Week-end des Curiosités.

Ne manquer ce concert sous aucun prétexte, et venez hurler comme un loup à la lune, c’est l’amour fouuuuuuu !

Retrouvez Grand Blanc sur leur BandCamp et dans de nombreux festivals en France cet été !

https://grandblanc.bandcamp.com/

Publié le jeudi 02 juin dans Chroniques, Musique

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