I’m in a Barbie world but I’m not a Barbie girl

Par Camille

La semaine dernière, le magazine américain The Time titrait son numéro « Now can we stop talking about my body », titre agrémenté de la photo d’une Barbie, non pas d’une Barbie classique arborant une taille de guêpe et de minuscules pieds, mais d’une dont les formes rendraient jalouse plus d’une Kim Kardashian ou d’une Beyonce. Significatif d’un réel changement sociétal ? Difficile à dire…

couverture time barbie

Depuis quelques jours a débuté une révolution encore inimaginable il y a quelques années dans le monde parfait de Barbie : la vente d’une Barbie…grosse ! Bon, « grosse », le terme est un peu fort. C’est pourtant celui utilisé, quoique tel un gros mot, par les petites filles « tests » de Mattel. Plutôt bien en chair, cette nouvelle Barbie a cependant des formes là où il faut. Et elle n’est pas la seule nouvelle venue. Une « petite » et une « grande » Barbie font également leur arrivée sur le site de vente du groupe, ainsi que des poupées plus ethnicisées, à la couleur de peau et de cheveux diversifiées.

Une évolution des critères de beauté selon le Time

Depuis longtemps une icône de la beauté, Barbie a souvent été critiquée pour son corps si parfait qu’il en est scientifiquement inimaginable. Des études ont en effet prouvé que si Barbie existait vraiment, elle mesurerait 1m80 pour 49 kg, soit un IMC de 15,1 (l’IMC normal devant se situer entre 18 et 21, cet IMC a été qualifié de « situation de famine »). Or, selon le Time, avec cette Barbie «curvy », Mattel montre que les plus grandes entreprises doivent se plier aux nouvelles normes sociétales : de plus grandes hanches, de plus grosses cuisses, et l’idée que l’on doit accepter notre corps tel qu’il est.

Le magazine reconnait cependant que, si c’est une réelle révolution qu’a propulsé Mattel, cette dernière est loin d’avoir été engendrée par une quelconque empathie envers les petites clientes du groupe. En effet, cela faisait quelques années que les ventes de la belle blonde diminuaient, au point d’atteindre une chute de 16% en 2014. A quoi cette baisse était-elle donc due ? A un changement sociétal ? Très peu. Cette forte baisse s’est expliquée en particulier par l’arrivée sur le marché d’une sévère concurrente : la poupée Elsa, célèbre princesse issue du dessin-animé La Reine des Neiges. La forte popularité de ce personnage féminin auprès des petites filles et l’incapacité de Mattel d’en obtenir le brevet de production, brevet obtenu par son principal concurrent Hasbro, a en effet porté un coup dur aux ventes de Barbie. Cependant, on ne peut qualifier cette préférence pour Elsa de réel changement sociétal, car bien que les mamans (réelles clientes de la marque Barbie, et non leurs filles, ne l’oublions pas) aient préféré acheter une princesse indépendante à une bimbo blonde, Elsa dispose en quasi tout point d’un corps similaire à celui de Barbie, et est donc également « en situation de famine ».

La Barbie, une représentation de la Femme depuis longtemps controversée

Depuis sa création en 1959, Barbie a fait l’objet des plus fortes critiques, exacerbées lors de la vente, en 1963, de la poupée accompagnée d’un petit livre titré bien innocemment Ne mangez pas (Don’t eat), ou encore de la sortie d’une Barbie parlante récitant d’une voix féminine robotique « Les-Maths-c’est-difficile ». Se sont alors créés des collectifs luttant contre ces poupées sexistes, retirées par la suite du marché.

En 1994, le célèbre dessin-animé The Simspons émet sa propre critique en diffusant l’épisode Lisa Simpson v. Malibu Stacy, épisode durant lequel la jeune intello aux perles se bat pour une poupée intelligente dotée d’un corps moins complexant (saison 5, épisode 14).

 

« Ne me demandez pas, je suis seulement une fille »

 

Enfin, en 2006, une étude publiée dans le journal Developmental Psychology démontra que les fillettes exposées à un trop jeune âge aux poupées Barbie se souciaient bien plus de leur corps que celles qui avaient joué avec d’autres marques de poupées. S’explique alors pourquoi les fillettes « tests » de Mattel considéraient le terme « grosse » tel un juron indigne d’être prononcé devant des adultes.

La résistance de l’idéal de la maigreur

Bien entendu, Barbie est loin d’être le seul aspect du problème du traitement du corps féminin. Les mondes de la publicité et de la mode restent un énorme vecteur de diffusion de la maigreur comme critère indispensable de beauté. Témoignant dans l’essai du psychologue Francis Alain Guiton, La responsabilité de l’entreprise privée dans le culte de la minceur et dans la dérive pré-anoxerique de la femme active, Sylvie Fabrégon, responsable de l’agence de mannequins Contrebande, donne un bon aperçu de la situation actuelle au sein des agences de modes : « Globalement, maigreur reste synonyme d’élégance et ça n’est pas près de changer […] Les agences choisissent des filles très grandes, très fines, pour que l’habit tombe mieux et pour répondre aux demandes des stylistes et des annonceurs. Il est vrai qu’il n’y a pas de critères en termes de poids, mais il faut pouvoir rentrer dans un 34-36 et faire 1,75 mètre et plus.». Un monde de la mode en totale contradiction avec la réalité, puisqu’en France, la majorité des femmes portent des vêtements tailles 40 et 42, et que seules 5 femmes sur 100 entrent dans du 36.

On ne peut donc pas considérer que cette soi-disant « révolution » engendrée par Mattel (qui n’a par ailleurs fait que s’inspirer de la poupée Lammily, créée en 2014 et dotée d’un corps tout à fait proportionné) soit synonyme d’une libération, même relative, de l’idéal corporel féminin. Barbie reste et restera probablement toujours le symbole de la femme-objet. Ne négligeons pas non plus le fait que ces nouvelles Barbies ne sont pour l’instant accessibles qu’en ligne, et non dans les rayons des magasins de jouets.

Une conclusion, donc, pour cette Barbie curvy ? Seulement un micro pas pour la Femme ainsi que pour l’Humanité.

 

Publié le mercredi 10 février dans Chroniques, Idées, Idées

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