Génération Bataclan ?

Par Jean-Baptiste

Nous sommes la Génération Bataclan !

Depuis les événements du Vendredi 13 (qui porte bien son nom), je vois fleurir ça et là dans les médias, puis dans la bouches de nos hommes politiques et enfin de nos concitoyens, l’expression « Génération Bataclan ». Comme à chaque événement mémorable et obscur, des néologismes apparaissent pour décrire, catégoriser, mettre un nom sur l’ébranlement, ou tout simplement pouvoir s’exprimer, se comprendre.

 

BataclanD’abord, le 16 novembre, Libération avec son titre «  Génération Bataclan » et son sous-titre «  jeunes, festifs, cosmopolites » décrit cette génération située entre les 18 et 30 ans. Le Petit Journal de Canal+ en fait son édition spéciale « LPJ : Génération bataclan ». Mais aussi : Marianne, Le Figaro, Rue89, Europe 1, Sud-Ouest, l’EST Républicain … . Une association Génération Bataclan s’est même montée dans les jours qui ont suivis.

Nous sommes la Génération Bataclan !

On nous fait parler, nous cette jeunesse française, d’une seule voix. Ou plutôt souvent, on parle pour nous. Comme si nous étions une et indivisible. Similaires par nos valeurs, nos parcours, nos aspirations. Nous serions tous, cette génération « insouciante ». Cette « Génération Bataclan ».

Ça nous a fait du bien de se dire qu’on était tous pareil. Ensemble contre l’idéologie barbare, moyenâgeuse et meurtrière du Califat .Nous serions cette génération libre, frivole. Jouissant de sorties culturelles, de soirées alcoolisées entre amis, de promenades culinaires dans nos petits restaurants de quartiers. De plus, nous serions tous touchés de près ou de loin. On nous a décrit comme connaissant tous l’ami, d’un ami (…) qui était au Bataclan. Tous donc, tous cette « Génération Bataclan ».

Nous sommes la Génération Bataclan !

Dans l’émotion je me sentais cette Génération Bataclan. Je sors (souvent), je fréquente les salles de concerts, les bars, les boites de nuit… . Je me sentais et je me sens cette génération « jeune, festive, cosmopolite » . Je suis étudiant en Master, je suis agnostique. J’ai l’ami d’un ami d’une amie qui est décédé au Bataclan. Bref, je cadre bien dans ce qu’on décrit.

Nous sommes donc la Génération Bataclan ! Enfin, c’est eux qui le disent.

D’un temps donc, on a presque cru que nous étions cette Génération Bataclan. Tous dans le même bateau. Oubliant même que la moyenne d’âge des victimes est de 34 ans.

Nous sommes cette Génération Bataclan, comme nous étions la Génération Y ou bien la Génération Mitterrand.

La jeunesse : une génération ou des générations ?

On a oublié que ce mode de vie décrit, caractéristique de cette Génération Bataclan, n’est pas le mode de vie de la jeunesse, mais de la jeunesse des métropoles et d’un certain milieu économique et socio-culturel. On a presque oublié, le temps de l’émotion nécessaire, la pauvreté, le chômage, les inégalités qui explosent, la ségrégation spatiale … . Le temps de l’émotion, nous jouissions tous, nous les « jeunes » de l’insouciance d’une vie où le loisir, et le plaisir seraient maîtres. Plus de chômage, plus de précarité, plus de racisme à l’embauche. Des sorties à gogo, des concerts à tire-larigot, de beaux apéros , de chouettes restos, tel était décrit le mode de vie de « la jeunesse », pour les 12 millions de Français nés entre 1985 et 1997.

« Il n’y aura pas de « génération Bataclan », peut-être des générations Bataclan. ». C’est le postulat d’Anne Muxel, directrice de recherche à Sciences Po et auteure de l’ouvrage Avoir 20 ans en politique. Les enfants du désenchantement, dans un entretien au Monde paru le 24 novembre.

La sociologue y décrit une jeunesse duale. D’un coté une jeunesse étudiante, urbaine et favorisé, de l’autre une jeunesse moins urbaine, moins diplômée, issue de milieux moins favorisés et souvent salariée. Les deux ont en points commun le chômage et la précarité. Chômage encore plus marqué au sein d’une peut-être troisième jeunesse, celle des banlieues.

Alors non, comme il n’y a pas UNE jeunesse de France, il n’y a pas une Génération Bataclan. Il y a des jeunes, au pluriel.

 

Alors, Génération quoi ?

Génération très, très marquée chantait -M- dans Mama SamSi nous ne sommes pas cette unanimité que postule la Génération Bataclan, sommes nous une Génération « autre chose » ?

Génération chômage ?

C’est ce que met avant Louis Lepron dans une tribune parue dimanche : « Une génération qui s’est progressivement dépolitisée, n’ayant plus confiance dans les partis et plus largement dans l’action politique. S’il fallait des critères pour former une “génération”, ils sont avant tout socio-économiques. Il serait idiot de dire que nous sommes tous technophiles, hyper-connectés, entrepreneurs, rebelles, créatifs ou impatients : voilà des mots creux relayés par des médias pour tenter de définir ce que nous avons en commun. »

En effet, rappelons qu’en dessous de 25 ans, le chômage touche plus de 25% des jeunes et plus de 35% chez les jeunes de quartiers populaires.

« Alors, avant de nous considérer selon nos habitudes de sorties, notre ouverture, nos religions ou notre lieu de résidence, sachez une chose : nous sommes aussi tous unis par la peur du chômage. Nous ne sommes pas seulement des “festifs”, des personnes qui vont s’amuser en terrasse. Nous pouvons être sérieux, motivés, éclairés, sans frontières, productifs, ouverts, forts. Et nous sommes surtout l’avenir de ce pays. À vous de nous faire confiance. »

Génération « chômage » certainement. Peut-être aussi Génération Austérité, Génération Changement climatique … en tout cas Génération bien vivante, pleine d’espérance, pleine de rêves, collaborative, ouverte sur le monde et sur les autres, bien capable et qui n’a qu’un espoir, c’est d’avoir sa chance. Alors qu’offrir à la jeunesse pour noël?  L’emploi, l’égalité, la méritocratie et de vraies chances pour tous d’être reconnu par la société par notre travail et nos qualités.

 

PS : Parce que la musique c’est cool, j’ai glissé quelques chansons inspirantes en hyper-lien sur toute les lettres x. Pourquoi x? Parce que.

Publié le lundi 30 novembre dans Idées

Commentaires

  • GIRAUD
    Le mardi 01 décembre à 20:10

    MAGNIFIQUE!

  • association Génération Bataclan
    Le jeudi 03 décembre à 18:03

    bonsoir Jean Michel,
    Vous avez fait un trés beau papier … Et vous avez raison sur tous les points.
    Il y a sans doute plusieurs générations Bataclan .. C’est bateau certes selon vous .. Mais c’est parlant ! Dans 10 ou 20 ans cela voudra dire quelques chose. Comme la génération Mitterand signifie aujourdhui les années 80 et l’arrivée de libertés ( dont celle d’emettre pour les radios Fm)
    Ou la liberté d’expression …en 87 ( j’avais 20 ans) on ne voulait pas de ce terme foure-tout inventé par un publicitaire bronzé à Rolex. Aujourdhui je comprends mieux . C’est un repère . C’est tout. Notre association utilise ce nom car c’est plus simple à retenir que  » Association des Citoyens en faveur de la construction d’un monument pour les victimes du 13 novembre  » notre but est sincère c’est l’essentiel … Veiller A ce que l’on se souvienne des victimes . http://www.generationbataclan.fr

  • association Génération Bataclan
    Le jeudi 03 décembre à 18:04

    Jean baptiste pardon !


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