FILM> Foxfire, confessions d’un gang de filles – La rage de l’égalité

Par Morgane

Depuis le 2 janvier, Foxfire, confessions d’un gang de filles, est à l’affiche. Nouveau bébé de Laurent Cantet, célèbre pour Entre Les Murs, qui lui avait valu la palme d’or en 2008, le film, sorte de docu-fiction vintage et politique, est plus qu’attendu au tournant.

 

  • Le film en quelques mots

 Dans les États-Unis des années 50, un petit groupe de lycéennes s’insurge contre la déplorable condition des femmes de l’époque, méprisées et violentées. D’abord simple bande anonyme, les filles vont recruter, jusqu’à former un véritable gang, Foxfire, menant des actions plus ou moins violentes dans l’optique de défendre leurs idéaux. A l’origine groupe d’entraide suivant une vraie ligne directrice, Foxfire va petit à petit sombrer dans l’illégalité la plus totale, jusqu’à flirter avec le terrorisme et oublier ses principes fondateurs.

  • Une histoire de valeurs

 Ce qui fait la force de Foxfire, c’est la grâce avec laquelle Laurent Cantet réussit à exposer les différentes valeurs fondatrices de l’intrigue : le féminisme évidemment, alors nouveau et marginal, mais aussi le communisme, sorte d’idéal à atteindre, stigmatisé et pourchassé, ou encore le capitalisme roi, qui règne à cette époque en maître sur l’Amérique de l’après guerre. Les héroïnes servent le féminisme en s’inspirant de valeurs communistes – et en se dévouant corps et âme au chef charismatique que représente Legs, inspiratrice du mouvement – afin de se battre, entre autres, contre le capitalisme sauvage. Cependant, Cantet évite de sombrer dans la facilité du cliché, puisque tout est suggéré plutôt que dénoncé et rien n’est idéalisé. Si Foxfire est loin d’être un film neutre, ce n’est pas pour autant un objet de propagande, loin de là : c’est une piste de réflexion, un retour en arrière qui sert une remarque pertinente sur l’état du monde actuel et l’héritage qui nous a été laissé.

  • Une volonté de réalisme parfois pesante

Néanmoins, la grande faiblesse du film reste son insistance trop lourde. En effet, si on est fasciné dès les premières secondes, Foxfire commence à traîner en longueur à partir de sa seconde partie : certaines scènes trop répétitives ou appuyées auraient pu nous être épargnées, ce qui aurait rendu l’intrigue plus percutante. Pourtant, le réalisateur semble opter pour une dynamique pour le moins surprenante, puisque à l’inverse du mouvement féministe en question, vivant et éphémère, il nous livre un film très descriptif, parfois lassant. Cependant, et paradoxalement, ce réalisme apporte aussi certains atouts à Foxfire : le spectateur est littéralement transporté dans l’Amérique populaire des années 50. Les petites boutiques, les robes, brushings et smokings kitsch au possible… tout cela forme un tout qui ajoute une certaine fraîcheur à la redondance décriée plus haut.

  • Un casting hétérogène

On constate une volonté de la part de Laurent Cantet de mettre en avant une jeunesse énergique et décomplexée – à l’instar d’Entre Les Murs – cette fois-ci en anglais. Le casting en pâtit pourtant, puisque les fautes de justesse sont bien plus présentes que dans son précédent film. En effet, opter pour une langue autre que le français semble avoir rendu le réalisateur moins à même de juger du jeu des ses acteurs (en l’occurrence des actrices) : si certaines filles révèlent un véritable potentiel dramatique, d’autres, et en particulier l’actrice principale, fatiguent parfois par leur jeu excessif, desservant le personnage et le message même du film. Elles arrivent cependant toutes à véhiculer leur rage et leur envie de se battre, nous rappelant à travers des situations analogues à celles que nous pourrions vivre aujourd’hui que le combat pour la cause féminine, bien qu’entamé depuis plusieurs décennies, est loin d’être terminé.

Publié le lundi 14 janvier dans Chroniques, Cinéma

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