FILM > Anna Karénine – Une maîtrise parfaite

Par Morgane

Actuellement à l’affiche, Anna Karénine réalisé par Joe Wright, fait sensation. L’adaptation du roman de Léon Tolstoï, assaisonnée de sauce hollywoodienne, tient ses promesses. GMT vous en dit un peu plus …

  • Le film en quelques mots

Anna Karénine, femme de la haute bourgeoisie russe de la fin du XIXe siècle, est mariée à Alexis Alexandrovitch Karénine, membre éminent du ministère. En ménage depuis neuf ans, elle mène une vie terne et sans surprise, avant de découvrir l’amour avec le jeune comte Vronski. Commence alors pour elle une longue passion adultérine, et Anna doit apprendre à composer avec les médisances mondaines et les réactions parfois imprévisibles d’un mari à l’honneur bafoué.

De son côté, Constantin Dmitriévitch Levine, grand propriétaire terrien, éperdument amoureux de la princesse Kitty tente, tant bien que mal, de gagner son affection en dépassant les handicaps sociaux liés à sa condition, dans le but de l’épouser. Le film suit en parallèle ces deux intrigues amoureuses.

  • Joe Wright, génie de l’adaptation

La force d’Anna Karénine, réside avant tout dans son dosage parfait entre fidélité et originalité. En effet, Joe Wright, qui s’était déjà exercé à l’adaptation littéraire – avec brio – sur Orgueil et Préjugés et Reviens-moi, nous livre ici une adaptation de l’œuvre de Léon Tolstoï tout à fait personnelle et pourtant parfaitement logique et cohérente.

Le défi était pourtant de taille, à savoir mettre en images un roman de près de mille pages. Néanmoins, grâce à quelques coupures malignes et autres ellipses bien senties, le réalisateur réussit à garder le spectateur en haleine jusqu’au bout, dans un tourbillon théâtral, à la fois esthétique et angoissant. Métaphoriquement, c’est très fort : les protagonistes, vus de temps à autre comme de véritables comédiens en représentation, se retrouvent tour à tour acteurs, spectateurs ou simplement figés, la scène devenant l’élément central de l’histoire, le point d’ancrage des personnages. Grâce à ces éléments de style, Joe Wright parvient à lier entre elles les scènes de façon cohérente et à outrepasser quelques longueurs qui auraient pu être susceptibles de lasser le spectateur.

  • Un casting de choix

Cependant, cette maîtrise parfaite ne saurait être mise en valeur sans l’interprétation remarquable des acteurs principaux. Tous, à leur niveau, livrent une vision parfaitement crédible des personnages pensés par Tolstoï, alliant respect de l’œuvre originale et caractéristiques propres. Ainsi, on ne peut que saluer la prestation de Keira Knightley, muse de Joe Wright, époustouflante en femme tourmentée, se livrant à corps et à cris dans un jeu des plus sincères et poignants. De même, l’interprétation de Jude Law reste l’une des meilleures de l’acteur à ce jour : ce dernier est méconnaissable, vieilli de quelques années, en mari austère, sombre et inquiétant, en homme qui semble subir son sort, étant fondamentalement trop bon et effacé pour se faire respecter et s’en tenir à ses propres décisions. Enfin, le jeune Aaron Johnson, qu’on avait pu apercevoir dans Kick Ass, Nowhere Boy ou Savages, confirme là encore son talent en donnant corps à l’un des plus beaux et énigmatiques dandys de la littérature du 19e siècle.

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  • Une romance menée d’une main de maître

De façon plus générale, Anna Karénine, c’est avant tout une histoire d’amour centrale : celle d’Anna et Vronski, tourmentée et passionnelle, qui les mènera chacun à leur perte. Cette histoire d’amour, on y croit dès le premier regard : le charme énigmatique de Vronski opère à travers le visage à la fois juvénile et très masculin d’Aaron Johnson, et on se surprend à ressentir de vives sensations au travers d’un regard, d’une main effleurée… L’alchimie fonctionne parfaitement. Un véritable bol d’air frais dans l’univers du cinéma romantique, qui témoigne de la maîtrise parfaite d’un réalisateur qui évolue ici dans un domaine qu’il connaît bien et du jeu avisé des protagonistes. Enfin, les décors et paysages sont ici habilement exploités, ce qui permet au film de retranscrire de façon fidèle l’atmosphère si particulière du roman, entre société mondaine et campagnes russes.

Publié le vendredi 14 décembre dans Chroniques, Cinéma

Commentaires

  • Juliette
    Le dimanche 16 décembre à 14:22

    Vu hier, c’est vraiment bien ! Personnellement ce qui m’a particulièrement plu c’est l’esthétique du film, avec ce lien constant avec le théâtre, ces longs plans qui jouent entre le mouvement et le figé… Même si on n’est pas fan des histoires d’amour romantiques, rien que pour la beauté esthétique du film, ça vaut le coup !


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