Festival Taul’Art, mi-temps au mitard

Par Hugo

« Puisque la prison est une zone d’ombre, nous nous efforçons de la rendre visible. » Voilà la raison d’exister du festival Taul’Art organisé par l’association étudiante Genepi et qui se tient dans toute la ville jusqu’au 3 avril. Conférences, café-débats, projections, concerts, atelier cuisine, expositions…un programme riche pour sensibiliser et informer sur le milieu de la prison et de la justice en France.

C’est un monde qui nourrit nombre de fantasmes et reste pourtant méconnu du grand public. Outre la focale plus ou moins déformée des films, des séries, des disques, sans parler des échos que les médias en font lors d’évasions ou d’émeutes, qui peut se targuer de connaître la situation carcérale, en France notamment ?

Il faut dire que le sujet est sensible pour les autorités qui, disons-le clairement, ne communiquent pas autant que sur la croissance ou le chômage, ce malgré l’existence des nombreuses statistiques et autres rapports. Dernier en date, et pas des moindres, celui de la Contrôleure générale des lieux de privation et de liberté qui a remis le 9 mars au Président de la République son rapport annuel. Adeline Hazan alerte sur les conséquences de la surpopulation carcérale, notamment en termes de réinsertion. On y trouve cette punchline : « le maintien des liens familiaux, l’enseignement, la formation professionnelle, l’accès au travail, l’accès aux soins, l’exercice des droits sociaux et le retour à l’emploi doivent accompagner la détention. Or, trop souvent, ces droits fondamentaux sont sacrifiés au nom de la sécurité, ou limités en raison du manque d’effectifs ou de la surpopulation ».
Au 1er mars, d’après le Ministère de la Justice, ce sont 67.580 détenu.e.s qui sont écroué.e.s (dont 2.795 femmes), pour 58.847 places dans le parc pénitentiaire, soit un taux de densité carcérale de 115% sur tout le territoire. Resté sous la barre des 60.000 pendant les années 1990, et passé sous les 50.000 en 2001, le nombre de détenu.e.s est en constante augmentation depuis, parallèlement à l’importance prise dans la vie politique des thèmes liés à l’insécurité. La situation est considérée comme critique par les syndicats de personnels pénitentiaires et de magistrats, avec des situations particulièrement graves dans les maisons d’arrêt, en principe réservées aux personnes non jugées et de condamné.e.s en attente d’affectation dans un centre pénitentiaire.

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La surpopulation carcérale, c’est un des enjeux de sensibilisation du Genepi et le festival s’ouvrait lundi dernier avec une exposition qui ne laisse pas de marbre (ou de béton) : « The Cellule Experiment ».
Sur le square Charles de Gaulle se trouvait ainsi la reproduction d’une cellule standard de maison d’arrêt, l’équivalent d’une grosse boîte de 9m2 où sont aujourd’hui enfermées 3 à 4 personnes. Une immersion assez traumatisante qui permet d’éprouver physiquement les conditions de l’isolement, ni imposé, ni surveillé, mais qui rend compte du peu d’espace que partagent celles et ceux qui n’existent si peu qu’ils ne sont même pas personne.
On a discuté avec Antoine, un des bénévoles de l’asso qui nous présente les actions du Genepi, et le programme du festoche jusqu’au 3 avril.

 

Publié le jeudi 31 mars dans Agenda, Idées

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