Festival Made in Asia 2015 > Le sélection GMTienne !

Par Hugo

Du 27 mars au 12 avril, la 8ème édition de Made In Asia met à l’honneur Singapour, la ville du lion, avec au programme une ribambelle de joyeusetés culturelles venues de cette jeune cité-Etat qui fête cette année les 50 ans de son indépendance. Unique en France, Made In Asia (MIA pour les intimes) construit depuis 2008 des ponts entre l’Orient et l’Occident et déconstruit clichés et amalgames à l’aide de la culture.

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C’est chaud, ça brûle.

Initiative originale de l’association toulousaine Tchin-Tchine, qui trinque depuis 2002 avec la culture chinoise en proposant des formations hebdomadaires de mandarin (ainsi que les fameux « café-culturels »), le festival Made in Asia offre chaque année depuis 8 ans une centaine d’évènements, gratuits pour la plupart, à travers un panorama assez audacieux et surtout complet des artistes d’un pays du continent Asiatique en particulier.

Après Tawaïn, le Japon, ou encore le Vietnam l’année dernière, MIA descend doucement la Mer de Chine méridionale pour se retrouver sur les terres de Singapour et découvrir les artistes qui façonnent ce tout petit pays et ses 5 millions d’habitants. Une goutte de saké quand on sait que l’Asie regroupe 3 milliards d’êtres humains.

Mais avant toute chose, la parole est à Didier Kimmoun, directeur artistique de Made In Asia et président de l’association Tchin-Tchine !

Singapour, ce n’est donc pas qu’une simple presqu’île située en bout de piste de la Malaisie. Ce n’est pas non plus qu’une mer de containers à perte de vue, un circuit de formule 1 ou un paradis fiscal (ce n’est surtout pas ça ! Si si, on vous le jure madame la procureure), c’est un pays qui possède une richesse artistique formidable.
Ça, le gouvernement de Singapour l’a bien compris, puisqu’il développe depuis une quinzaine d’années la culture et les arts, après avoir fait de cette ancienne colonie brittanique une place financière et économique de premier ordre.

Société multiculturelle à part entière, à la fois chinoise, malaise, indienne et occidentale, les artistes qui la composent restent attachés aux traditions culturelles tout en faisant preuve d’une grande ouverture sur le monde, marque de fabriques des grandes villes portuaires.
L’occasion aussi pour eux de s’exprimer, voire de dénoncer dans un pays où les libertés individuelles sont souvent bafouées au nom de la protection économique et des critères moraux établis (censure des médias, opposition politique cloisonnée, pas de régulation du travail immigré, peine de mort,…).
Enfin, on ne va pas se laisse abattre (PAN !) et on vous propose une petite sélection maison de cette nouvelle édition du festival Made in Asia !

Arts Visuels

Image tirée du court-métrage Earth, de Ho Tzu  Nyen

Image tirée du court-métrage Earth, de Ho Tzu Nyen

 

Earth – Ho Tzu Nyen

Les peintures murales du « maître baroque occitan » Jean-Baptiste Despax vont prendre une toute autre allure avec l’installation de Ho Tzu Nyen. Mi-radeau de la méduse, mi-LOST, mimolette, Earth est une succession de corps empilés, de références à la peinture classique européenne, d’images hypnotiques et de ralentis tout en grâce accompagnés par la musique de l’allemand Marc Richter. Elle a déjà séduit Berlin, Cracovie et la Biennale de Venise avec sa beauté apocalyptique et coruscante (oui). A noter que son court-métrage The Cloud of Unknowing, dont est tiré le visuel de l’affiche cette année (oui, le gros monsieur en couche-culotte et les cheveux en flamme), sera projeté avant le concert de The Observatory au Metronum le 9 avril.
1-12 avril / Chapelle des Carmélites
mar-dim 10h-13h et 14-17h

A la recherche de la figurine cachée

A la recherche de la figurine cachée

 

Foundin – Tan Wei Keong

On a souvent la critique facile quand il s’agit de la programmation de Made in Asia. Trop pointue, elle sous-entendrait s’adresser à un public particulier, privilégié. Avec Foundin, c’est tout l’inverse qui se produit ! On s’explique : depuis le 21 février, Tan Kwei Keong, artiste spécialiste du numérique, présente sur le site foundin.org 900 figurines peintes, pas plus hautes qu’un cure-dents et surtout dotées d’un code-barres. Elles ont été adoptées par des internautes du monde entier, qui y ont tous aposé une phrase commençant par « I’m waiting… », leur créant une identité propre.
Hier, pour l’ouverture du festoche, Tan Wai Keong a disséminé ces figurines dans une quarantaine de lieux Toulousains tenus secrets mais ouverts au public (bar, librairie, hôtel, restaurant…). Une fois découvertes, il invite les gens à entrer en contact avec leurs primo-adoptants numériques, mettant ainsi en relation des personnes qui n’auraient jamais eu l’occasion de se connaître !
Chasse au trésor numérique, Foundin est un projet original et ludique, qui permet aux habitants de se réapproprier l’espace urbain d’une manière plus qu’originale !

Cinéma

Maman, papa, la bonne et moi (et une poule).

Maman, papa, la bonne et moi (et une poule).

 

Ilo Ilo – Anhony Chen

Premier réalisateur singapourien à recevoir un prix au Festival de Cannes en 2007 pour son court-métrage Ah Mail récidive sur la croisette en 2013 en remportant la Caméra d’Or, qui récompense le meilleur premier film de toutes les sélections du festoche avec Ilo Ilo.

Tranche de vie de la société singapourienne au moment du krach financier de 1997, on suit une jeune mère Philippine recrutée par un couple pour s’occuper de leur immonde mouflet, qui n’hésite pas à se comporter avec elle comme si elle était son esclave.
Inspiré de l’enfance même du réalisateur qui a été élevé par une nourrice philippine, ce film fait écho à la situation de nombreux travailleurs immigrés en provenance des pays voisins, parfois exploités comme une simple marchandise.
Mercredi 8 avril à 18h30 / Cinéma l’ABC
1er avril à l’Oustal d’Auterive
Toute la semaine première semaine d’avril au Central de Colomiers (nique tout)

The Story I forgot to Tell, de Nelson Yeo

The Story I forgot to Tell, de Nelson Yeo

 

Soirée court-métrage à l’ABC

En collaboration avec The Substation, centre culturel à Singapour qui accompagne et aide les artistes à produire et écrire des films, Made In Asia présente 8 courts de jeune réalisateurs, avec comme dénominateur commun le choc des cultures entre toutes les communautés qui composent Singapour.
Les projections seront suivies d’une rencontre avec Royston Tan, réalisateur, et Vincent Quek de Substation.
D’aucuns disent que l’ambassadeur de Singapour en France, monsieur Tan York Chor, sera également présent dans la salle. Préparez les Ferrero Rocher.
Mardi 31 mars à 21h / Cinéma l’ABC

 

Sud Eau Nord Déplacer – Antoine Boutet

Comme toutes les années, en plus d’une thématique géographique, Made in Asia donne à découvrir des oeuvres issues de tout le continent asiatique, et d’autres dont les sujets le touchent de près ou de loin. Vous pourrez donc vous délectez avec La Maison au toit rouge du japonais Yôji Yamada, A Girl at my Door de la coréenne July Jong, mais aussi le documentaire Sud Eau Nord Déplacer du français Antoine Boutet.

Sujet délicat s’il en est, il traite du plus gros projet de transfert d’eau au monde avec le Nan Shui Bel Diao en Chine (dont la traduction pur jus donne son nom au titre). Conçu par le guide suprême de pintade et président Mao Zedong en 1952 et avalisé par le gouvernement chinois en 2002, il s’agit d’un projet titanesque pour drainer l’eau du Sud du pays vers le Nord, faible en ressources hydriques. Depuis le fleuve Yangzi Jiang, ce sont trois voies d’eau complémentaires longues de plus de 4 000 kilomètres qui s’étendront dans le paysage pour déplacer 44,8 milliards de mètres cubes d’eau vers le Nord au terme d’un chantier qui s’achèvera aux alentours de 2050 et aura déplacé à cette date 350 000 personnes en transformant significativement la cartographie et l’environnement du pays.
Du 27 mars au 12 avril / Cinéma Studio 7 à Auzielle
Semaine du 1er et du 8 avril / Le Central à Colomiers
Mercredi 8 avril / Cinéma La Cratère

Danse (le MIA)

Robot see, robot do.

Robot see, robot do.

 

Notion : Dance Fiction – Choy Ka Fai

Un projet bien barré que celui de Choy Ka Fai. Co-fondateur du Theatreworks, plus importante compagnie de théâtre de Singapour, Choy Ka Fai est un artiste à la frontière entre le design, la danse et la technologie. Avec son petit ordinateur, il a modélisé les chorégraphies de grands danseurs comme les déplacements aériens de Pina Bausch, la grâce bolérienne de Maurice Béjart ou les sauts de cabris du russe Mikhaïl Barychnikov. Transformées en impulsions électriques, il les transmet sur des capteurs présents sur le corps d’une danseuse, Sara Tan, qui reproduit de manière presque automatique les mouvements des plus grands. A mi-chemin entre une conférence, un ballet bionique et une séance de torture à coup de gégéne (ok, on exagère), cette oeuvre pose la question du conditionnement du corps humain et du remplacement de l’âme par la technique. Et aussi si on va tous se faire bouffer par des robots à Noël prochain.
Dans la cadre du festival Nanodanse du Centre de Développement Chorégraphique de Toulouse (CDC)
Jeudi 2 avril à 19h / studio du CDC / 7€

Musique

The Observatory + Guitarkestra au Métronum

Pour tout vous dire, cette bande de rockeurs intenses nous était inconnue avant de voir leur nom au programme. Mais cela a bien changé depuis que l’on a saigné leurs six albums studios, notamment Time of Rebirth, le premier, paru en mars 2004.
En fait, The Observatory n’est pas tout jeune. Présent sur la scène singapourienne depuis les années 90, il inspire toute une génération de jeunes musiciens dans l’île avec son rock un peu underground, un peu expérimental, toujours bien planant et avec des ambiances sombres qui invitent à la mélancolie.
Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir sur scène un groupe singapourien. Une aubaine d’autant plus grande que cette soirée est une création tout à fait particulière pour le festival : Le groupe sera accompagné par la formation Guitarkestra du français Lone Kent, avec ses huit guitares électriques, une basse et une batterie. Une « cérémonie électrique » d’après les propos officiels du festival. En clair, ça va péter dans la belle acoustique du Metronum.
Jeudi 9 avril à 21h / 10€-15€ / Metronum (métro Borderouge)
Précédé du court-métrage de Ho Tzu Nyen, The Cloud of Unknowing.

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Tire sur mon doigt

 

Musiques et chants de la République de Sakha

Plus habituée à exporter ses ressources minières à l’étranger, ce sujet fédérale de la Russie possède d’autres diamants tout aussi précieux, et le chant sakha en fait partie. Empruntant ses élements mélodiques aux Mongols et au chant russe, il se caractérise par l’utilisation de micro-intervalles, de sons gutturaux, de claquements de langues et d’autres effets diphoniques, qui rappelleront aux esquimaux qui nous lisent les chants traditionnels Inuits.
Mercredi 8 avril à 20h / Théâtre Garonne / 14€-16€

 

Photo

Le Premier Ministre de l'époque, Lee Kuan Yew, annonçant les larmes aux yeux la séparation avec la Malaisie le 9 août 1965

Le Premier Ministre de l’époque, Lee Kuan Yew, annonçant les larmes aux yeux la séparation avec la Malaisie le 9 août 1965

 

WE : Defining Stories

Malgré son jeune âge, Singapour possède comme tous les pays une histoire. C’est ce dont retrace cette exposition présentée à la Médiathèque José Cabanis à travers des photographies des années 50 jusqu’en 2013 qui nous font découvrir les évènements les plus importants de l’histoire singapourienne (l’indépendance mouvementée, non voulue par ses habitants et ses dirigeants), mais aussi quelques images typiquement singapouriennes, comme ces records dont rafolent les Singapouriens (on a notre petite préférence pour le record de la plus grande mosaïque de cupckaes au monde).
Du 2 avril au 3 mai / Médiathèque José Cabanis

 

Voilà l’bouzin ! N’oubliez pas également les multiples rencontres organisées dans la cadre du festival, qui vous permettront d’échanger avec des anthropologues spécialistes de l’Inde, des architectes chinois ou des spécialistes de la culture singapourienne !

Hugo Carayon

Publié le samedi 28 mars dans Chroniques, Cinéma, Culture

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