DTMD – Makin’ Dollas

Par Morgane

DMTD (Dunc & Toine Maryland Duo), c’est un peu la friandise de cette semaine. Avant tout chose, il faut le dire, le hip-hop et le jazz, ce sont deux univers à prendre avec des pincettes ! Il faut les décortiquer méticuleusement, particule par particule, pour ensuite opérer l’articulation et la collision. Le pianiste Duke Ellington disait justement à ce propos: « Qui sait où commence et finit le jazz ? ».

Pourtant, le rapprochement de ces deux cultures n’était pas évident aux premiers abords. L’ainé, le jazz, c’est un beau ballet d’instruments accordés avec une voix voluptueuse, un espace où règnent à la fois sagesse et convivialité. Le hip-hop, c’est une jeunesse plus fougueuse, qui s’exprime d’une manière tantôt douce, tantôt violente, en jouant sur la force des mots. Mais ces genres étaient tout deux des amoureux du langage et des instruments, la collision en était donc inévitable et plus que délicieuse. Dunc & Toine Maryland Duo en sont la preuve vivante.

Toine pour les phrases éloquentes et Dunc pour les productions relaxantes, ces deux garçons du Maryland ont choisi d’en rajouter une couche en invitant de belles pointures aux horizons différents pour donner plusieurs saveurs à leur album : Oddisee, Diamond District, XO, yU, Slimkat78, Damu The Fudgemunk, Kev Brown, Kenn Starr ou encore Tier Zero. Les titres Untitled avec leur vieil ami Oddisse, Raw avec Godly MC et Kev Brown ou encore Keep On avec yU sont de belles ballades sonores, oscillant entre décontraction et rencontres de passionnés, inspirés par un melting pot de soul, jazz et hip hop.

 

Ce genre d’association « officielle » sous un nom de groupe entre rappeur et producteur est extrêmement en vogue en ce moment, précurseurs ou jeunots, ils ont connu ou connaissent un sacré succès : M.E., Macklemore & Ryan Lewis, Charizma & Peanut Butter Wolf… Sans oublier Erick Sermon et Parrish Smith (EPMD) auxquels ils ont fait d’ailleurs un clin d’œil dans le choix de l’acronyme du groupe.

DTMD fait partie de cette nouvelle génération dénudée de tout artifice ou bling bling. C’est un pur retour aux sources où la jeune fougue du Bronx des années 70 rencontre les rythmes jazz qui ont fait frémir la Nouvelle-Orléans dès 1910. Fini les stéréotypes du rappeur afro-américain qui a arrêté l’école très tôt ou qui a fricoté sur les bancs des trafics de drogue. Non, là on fait place à un MC érudit, amoureux des mots et de la culture, qui n’hésite pas une seule seconde à partager sa vision du hip hop avec un petit blanc qui, lui, a passé son enfance entre les vinyles de Dilla, de DJ Jazzy Jeff, ou encore de Pete Rock.

 

Si certains morceaux comme Makin’ Dollas ont un rythme un peu plus énergique mettant en valeur la prose du MC, d’autres nous emmènent en voyage du côté de la tiédeur des vieux magasins de vinyles ou de l’odeur des vieux canapés dans les soul clubs de l’Angleterre des années 70: Rainy Day, ou encore You sont parfaits pour se laisser emporter et décompresser.

Bref, non seulement DTMD c’est un savant mélange de hip hop et de jazz, mais ce premier opus paru le 27 septembre dernier a su aussi trouver l’habilité entre repos et énergie. A mettre dans le top des petites découvertes de fin d’année avant de reprendre du bon pied musical celle qui arrive !

 

Publié le lundi 02 janvier dans Chroniques, Musique

Commentaires

  • MC Acouphene
    Le samedi 07 janvier à 23:36

    …Juste ce qu’il me faut. Merci Morgane.


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