[CRITIQUE] Psychiko, de Paul Nirvanas

Par sophie

La Grèce, dans les années 1910. Un corps de femme est retrouvé sous un monticule de petites pierres. Les médias s’emparent de l’affaire et la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans toute la ville d’Athènes. Qui a bien pu commettre une telle chose? Pour quelles raisons? Vengeance d’un amant éconduit? Crime passionnel? Il en est un en tout cas qui décide de profiter de ce meurtre. Nikos Molochantis, jeune riche porté par l’ennui, prend l’initiative de se faire passer pour le tueur. A ses risques et périls… Car son stratagème purement fictif destiné à attirer l’attention des média fonctionne un peu plus qu’il ne le pensait, et Nikos est embarqué dans une aventure qui risque de s’avérer tranchante et sans lendemain.

Nous avons ici l’un des premiers polars grecs, détail qu’il nous faut saluer. Paru en 1928 sous forme de feuilleton, il est aujourd’hui réédité par la jeune maison d’édition Mirobole, qui mérite toute notre attention par ses propositions littéraires majoritairement issues d’une traduction de qualité. L’œuvre impose un suspens totalement prenant où le sang-froid est vivement conseillé. Elle dégage également un style fluide et une trame narrative de qualité. Malgré quelques maladresses sur certaines reconstitutions journalistiques (les articles de presses vont très vite en besogne et imposent un parti pris pas très conventionnel), on est vite transporté et on se prend au jeu du personnage principal. Personnage d’ailleurs si bien construit qu’il attise un ressenti changeant mais toujours catégorique, de manière assez manichéenne par ailleurs . Tantôt la compassion, la pitié, mais également le mépris font de nous des « fans » de Nikos Molochantis. De l’admiration à la moquerie, tous les degrés émotionnels nous transportent concernant cet anti-héros que l’on pourrait croire fou à lier. Opportuniste et lâche, on se surprend parfois à lâcher un « Mais il est con ou quoi?! » sur son compte. Preuve que Paul Nirvanas réussit totalement dans ce que l’on attend d’une histoire: passer un moment avec des étrangers de premier abord, qui finiront pas devenir des proches par l’empathie qu’on leur accorde.

Ne vous attendez pas à des longueurs, ou si peu, mais préparez-vous: un bon thé/café, une après midi ensoleillée, quelques moments de liberté pour suivre un être qui a entrepris d’y renoncer.

psychiko

Psychiko, Paul Nirvanas, traduit du grec par Loïc Marcou, 19.50 €, 214 p., Mirobole Edition.

Publié le samedi 11 juin dans Chroniques, Littérature

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