CRITIQUE > Nicolas Delesalle, « Le gout du large »

Par sophie

Alors qu’il se coupe de la terre pour effectuer un voyage a bord du cargo MSC Cordoba, un journaliste que l’on suppose être Nicolas Delesalle rouvre pourtant sa boîte à souvenirs des missions qu’il a effectué sur le sol. De Kaboul jusqu’au cœur de l’Afrique en passant par la Russie, le narrateur nous entraîne au centre de ses émotions, tout en restant spectateur de la beauté du monde, comme de sa laideur.

On pourrait facilement s’imaginer que le narrateur nous prend par la main pour nous emmener avec lui voir l’entièreté du monde: ses hommes, ses paysages, ses histoires.

nicolas delesalle

Nicolas Delessalle fait partie des écrivains qui font ressortir depuis nos entrailles cette soif d’aventure.

« Je hais, j’exècre et j’abominerais toujours les réunions. J’aimerais vomir des choses plus originales, le printemps, les fêtes, la nature, mais je la vis dans mes tripes cette allergie. Je perd cinq minutes d’espérance de vie à chaque réunion. »

Ainsi, il écrit pour ceux qui ne peuvent la vivre pleinement, ou pour ceux qui s’apprêtent. Pour ceux ayant choisi la deuxième option, son histoire nous introduit dans un monde teinté de failles et de fragilités mais possédant une force humaine absolue, et une rage de vivre inconditionnelle. Sans plomber son récit d’idéologies écolo, sans aucun manichéisme, Nicolas Delesalle parvient pourtant à nous faire comprendre que la nature doit être préservée et que l’homme possédera toujours sa part d’ombre et de lumière.

Loin s’en faut de croire que le narrateur est le personnage principal. Car les personnages principaux, ce sont Gisang, qui a perdu son univers et sa raison de vivre dans un tsunami. C’est le joueur d’échec Ivan qui pense que les filles russes sont plus belles parce qu’elles ensorcellent. C’est Raphaël, le français qui s’occupe de son barbecue en pleine guerre civile à Kaboul. C’est le vieil homme qui attend désespérément au bord d’un lac en Russie. C’est Maïté, qui paraît vieille mais rit comme une jeune fille. C’est la mer « terriblement romantique » confondant les deux horizons de la terre au ciel. Ce sont ces rencontres émouvantes que l’auteur nous fait partager tout au long de son voyage.
Le seul point faible du roman, si tant est qu’il soit faible, sera peut-être les rappels à la raison du récit. Les transitions du présent (voyage à bord du paquebot) au souvenir sont amenées avec subtilité, cependant la plupart des histoires sont souvent interrompues par un rappel au MSC Cordoba, brisant un peu le charme. Les intrusions sont d’autant plus gênantes que parfois les histoires sont narrées de manière imminente:

« La Volga va déraper sur une plaque de glace. Je vais mourir. Je vais mourir et tout sera filmé ».

On pourrait regretter également que l’évocation des souvenirs soit trop succincte. Mais la brièveté des scènes renforce néanmoins l’inaccessibilité poétique et nostalgique des détails de la mémoire. Ce sont des lambeaux du passé d’un homme que l’on capte, comme les fines particules de poussières volant dans l’aube de nos matins. Nicolas Delesalle nous emporte dans son voyage intérieur, et c’est en cela que l’écriture est une échappatoire, pour lui comme pour nous.

Au final, le roman de Nicolas Delesalle est comme tous les livres que l’on aime: trop court. Car ce sont ces genres d’histoire que nous pourrions lire toute la journée, toute l’année, toute la vie. Le genre de romans qui ne se définissent que par un mot, court et pourtant intense: humanisme.

Le goût du large est édité aux éditions Préludes (2015)

Publié le jeudi 07 janvier dans Chroniques, Littérature

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