Cinespaña volume 2: Conférence de presse avec Marisa Paredes

Par Camille

maStar du cinéma espagnol et actrice fétiche du célèbre réalisateur Pedro Almodovar, Marisa Paredes était l’invité d’honneur du festival Cinespaña, festival du cinéma espagnol de Toulouse qui se déroulait du 2 au 11 octobre. A l’annonce de sa participation à une conférence de presse vendredi dernier, on a évidemment foncé.

  • « Que représente le festival Cinespaña pour vous ?

Je pense qu’il y a peu d’argent mais beaucoup d’âme. Je suis déjà venue en 2007 et j’ai toujours eu envie de revenir. Toulouse est un endroit qui pour nous, espagnols, est très important, par rapport à tous les réfugiés qu’il y a pu avoir, tous les gens qui ont été accueillis si chaleureusement. Pas comme maintenant où les réfugiés fuient.

  • Vous avez dit : « 90% de mes films m’ont laissé une trace ». De quel type de traces parliez-vous ?

Je crois que tous les personnages laissent quelque chose en soi. Il y a des choses bonnes et des choses mauvaises et c’est un peu dans l’introspection, dans la recherche de ces personnages, que l’on découvre des choses de soi-même qui étaient cachées.

  • Y a-t-il un personnage qui vous a marqué plus que les autres?

Beaucoup de personnages m’ont marqués. Certains m’ont marqués plus que d’autres. Evidemment, Tacones Lejanos (Talons aiguilles) qui m’a lancé au niveau mondial. Mais par exemple, La fleur de mon secret, le film qui va passer ce soir, ce n’est peut-être pas le plus connu du public mais c’est l’un de ceux qui m’a le plus marqué.

  • Vous avez souvent joué des rôles de femmes fortes, et dans Les ténèbres d’Almodovar, vous avez le rôle de la dure à cuir. Est-ce que vous aimeriez changer de type de rôle, comme le rôle d’une ingénue par exemple ?

J’aimerai, mais je ne sais pas quand ça arrivera car tant les réalisateurs que le public ont une vision sur les acteurs qui est difficile à casser. Par exemple, le dernier film de Cristina Comencini dans lequel j’ai joué qui était tourné en Italie, c’est une comédie. Donc je n’ai pas vraiment le rôle d’une ingénue mais c’est un changement de registre au moins.

  • Pourquoi est-ce que l’on vous donne toujours ce type de rôle ?

Je ne sais pas. Peut-être parce que je donne cette image de dure.

  • Est-ce que vous vous êtes déjà posée des limites ?

Je ne veux pas le savoir et je ne le sais pas. Je crois que si on se met des limites, on ne peut pas passer au-delà et moi je suis contre les limites.

  • Avez-vous vu une évolution de votre métier au fil des années ?

Evidemment, le cinéma reflète la société. Et la société de maintenant n’est pas la même que celle d’il y a 50 ans. Je dis toujours que Pedro Almodovar n’aurait jamais pu exister pendant la dictature. Alors moi, j’ai commencé mon travail avant la dictature mais c’est avec Pedro Almodovar que j’ai commencé à être connue. En tout cas, c’est vrai qu’aujourd’hui, le cinéma se fait de manière plus libre, avec moins d’argent mais moins de limites. J’ai lu une interview de Dustin Hoffman dans laquelle il disait que le cinéma n’était plus ce qu’il était avant. Moi je n’ai pas cette nostalgie, je ne suis pas Dustin Hoffman, mais je pense que la société évolue, les choses évoluent avec des bons et des mauvais moments, et qu’il faut continuer à vivre, sans nostalgie.

  • Vous avez travaillé avec beaucoup de réalisateurs espagnols. Y a-t-il des lignes de force qui caractérisent le cinéma espagnol ?

Oui. Il y a des manières de gérer différentes. Par exemple, dans le cinéma français, les acteurs ont plus de poids que dans le cinéma espagnol. L’Italie est dans un moment particulier, elle a eu une période d’or avec Fellini, Rossini, Pasolini. Quand j’ai tourné la Vita bella (La vie est belle), j’ai pu aller à Cineccittà mais en même temps, j’ai pu voir à quelle point c’était en désuétude, avec les décors qui tiennent plus ou moins la route, et parce que la télevision en Italie a pris vraiment le devant de la scène. On n’a pas ce même phénomène en Espagne car le cinéma espagnol n’a jamais eu de période dorée. Il y a eu des personnalités fortes, mais jamais de moments de gloire comme en Italie. On peut parler naturellement du fait qu’avant la transition, il y avait des gens absolument extraordinaires qui faisaient du cinéma malgré tout. Ce qui donne un peu le ton, c’est le moment social que traverse le pays. C’est vraiment ce que reflète le cinéma. Quand on peut mais on ne peut pas toujours.

  • Est-ce que vous avez des projets au théâtre ?

L’année d’avant j’ai joué dans une pièce de théâtre dont je ne me souviens plus du nom. Un auteur irlandais terrible. Ca été mon dernier travail au théâtre. Mais le théâtre c’est tellement fatiguant, surtout la tournée. J’aime beaucoup le théâtre, je le garde dans une sorte de sanctuaire doré mais c’est aussi très fatigant.

  • Qu’en est-il des autres médias ? La télévision par exemple ?

Non, non. Mais vous savez pourquoi ? Parce que la télévision, en Espagne, bon c’est pas mal. Mais c’est quelque chose qui se fait trop rapidement, on n’a même pas le temps de penser, ça va trop vite pour moi.

  • Et au cinéma ?

J’ai déjà parlé du projet qui vient de se terminer avec Comencini. Et le prochain projet c’est un court-métrage qui va se passer à Porto Alegre, Rio de Janeiro. Et ce sont des femmes dont j’aime beaucoup le travail. Cela va probablement donner lieu à un long-métrage. Je ne les connais pas directement, c’est le projet qui m’intéressait. C’est ce type d’aventure, avec des personnages qui sortent des normes, qui m’intéresse maintenant, parce que parfois on m’offre des personnages que j’ai déjà fait et ça ne m’intéresse pas vraiment. Si le réalisateur est nouveau, si je vois qu’il va gérer les choses autrement que ce que j’ai déjà pu faire, là ça va m’intéresser. Je travaille depuis longtemps. Je ne vais pas dire que je suis devenue plus sélective car j’ai toujours été sélective, mais par contre j’ai besoin de choses qui me stimulent plus.

  • Comment travaillez-vous ? Comment faites-vous pour entrer dans un personnage ?

Avant tout, je vois l’histoire que le réalisateur veut raconter à travers les personnages. Toute l’histoire, pas seulement mon personnage. Et ensuite j’essaie de comprendre mon personnage à travers tous les angles, positifs et négatifs, et aussi ce que disent et pensent les autres personnages de mon personnage. Ce qu’ils disent et ce qu’ils taisent. Les choses que le personnage dit ou tait. Nous sommes tous plus ou moins sincères, il y a toujours des choses que nous taisons. J’essaie d’écarter tout ce qui peut me distraire et d’aller vers les sentiments. Ce sont des sentiments, des attitudes, que je prends des gens que je vois dans la rue, et tout ça je le passe au travers de moi, si le réalisateur l’accepte. Sinon, il faut trouver d’autres chemins. Parce que c’est toujours lui qui mène la danse. C’est de rechercher dans moi et dans les autres des choses qui me donnent de quoi me rapprocher des personnages.

  • Est-ce que vous avez déjà pensé passer de l’autre côté de la caméra ?

Non. Pour le théâtre, oui. Mais le cinéma non, car en plus du réalisateur, il y a un monteur les musiciens, …, et moi je sais très peu de tout ça. Je sais qu’il y a de très bons professionnels et que je pourrais les demander de m’aider. Mais j’ai beaucoup de respect pour ceux qui sont derrière la caméra. Et pour ceux qui sont devant aussi !

  • Par rapport à La fleur de mon secret, vous avez dit que c’était le personnage qui vous avait le plus marqué. Quel serait un souvenir que vous pourriez nous évoquer ?

J’ai beaucoup de souvenirs par rapport à ça. C’est un personnage qui était sur le fil entre la vie et la mort. Elle voulait écrire des choses qu’on ne la laissait pas écrire. Il y a ce moment où elle va à la maison d’édition et dit : « Je peux plus continuer à écrire des romans d’amour car tout ce que je vois est noir ». C’est un personnage qui voit tout en noir et on ne la laisse pas être elle-même. Et l’amour et le désamour est quelque chose que nous avons tous vécu à un moment ou à un autre. Et à travers ça, elle sort des choses les plus sombres et elle revit. »

marisa paredes

Publié le lundi 12 octobre dans Chroniques, Cinéma

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