CINEMA > Thérèse Desqueyroux – Entre réalisme et folie

Par Morgane

Depuis le 21 novembre, Thérèse Desqueyroux, film de Claude Miller, a investi les salles obscures. Entre réalisme et folie, le film est une adaptation du roman de François Mauriac. GMT vous en dit un peu plus …

Le film en quelques mots

Thérèse, fille de la bourgeoisie notable provinciale des années 1920, épouse son voisin Bernard Desqueyroux, à qui elle était officieusement promise depuis son adolescence. Brillante et féministe avant l’heure, elle consent sans grande conviction à cette union, en essayant de se persuader du contraire.

Un sujet difficile

Adapté du livre de François Mauriac  (1927), ce film posthume de Claude Miller traite plus globalement de la place de la femme dans la bourgeoisie du début du siècle : soumise et incomprise, elle doit pourtant accepter son sort sans réfléchir, se résigner à renoncer à la passion amoureuse et faire des enfants de façon mécanique, dans une parfaite logique d’esclavage moderne. L’influence de Madame Bovary est là même si Thérèse ne connaît pas la lecture presque salvatrice et s’enfonce inexorablement dans une détresse qu’elle a, au début, du mal à reconnaître. On assiste donc à la perte progressive de raison d’une femme pourtant plus brillante que l’ensemble de ses pairs, provoquée par une condition qu’elle ne peut accepter. Le paradoxe est bel et bien là : c’est parce que Thérèse est plus intelligente que les autres qu’elle n’arrive pas à se faire à cette vie morne.

Une interprétation magistrale

Le film repose en grande partie sur ses deux interprètes principaux, Audrey Tautou et Gilles Lellouche. La première, belle, sombre, grande gueule, possédant à la fois cette grâce naturelle et cette gouaille si caractéristique, et le second, imposant, se métamorphosant en une bête ignare et effrayante. A travers leurs visages, leurs carrures et leurs attitudes les deux acteurs parviennent à faire vivre ces deux parfaits opposés, ces conceptions antagoniques de la société, cette incompréhension latente.

 

Thérèse Desqueyroux, objet d’adoration

Thérèse Desqueyroux, c’est aussi une femme qui naît au mauvais moment et au mauvais endroit. En avance sur sont temps et vivant au sein d’une bourgeoisie ignorante, elle joue d’abord son jeu en se résignant à adopter ses codes absurdes. Admirée par certains pour sa soi-disant liberté, adorée par son mari pour l’enfant qu’elle porte, adulée par sa belle-soeur pour une image faussée, Thérèse joue sur plusieurs tableaux et doit jongler avec plusieurs identités.

L’avis du critique

Pour ma part, c’est pour l’ensemble de ces facettes que je l’admire, pour cette capacité à prendre sur elle tout en gardant son tempérament propre, pour ce dédain vis-à-vis du monde qui l’entoure à peine feint, mais aussi pour cette contenance constante, même dans la folie, qui en devient presque effrayante.

Maud Le Rest

Publié le mercredi 28 novembre dans Cinéma

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