Qu’en disent-ils ? > L’actualité à travers la musique

Par Marie

Dans Qu’en disent-ils?, on vous propose d’examiner l’actualité sous le prisme de la musique. Aujourd’hui, l’immigration.

L’affaire Leonarda, débutée le 9 octobre 2013, n’aurait pas été exposée sous le feu des projecteurs français si une professeure ne s’était pas indignée des conditions d’arrestation de Leonarda Dibrani, une collégienne d’origine rom. L’immigration est un thème récurrent dans l’actualité, en particulier parce qu’il offre du sensationnel, du spectacle. Ainsi, n’avez-vous jamais allumé la télé, zappé et finalement regardé les informations sur TF1, pour entendre l’histoire «des routes de la mort clandestine», ou encore du «cimetière de la Méditerranée», dans laquelle des dizaines d’immigrés clandestins trouvent la mort chaque année, dans l’espoir de rejoindre l’Europe?

Le bruit et l’odeur

Cette actualité, théâtralisée, créé l’audience. Mais l’immigration n’est pas qu’un thème médiatique. Parce qu’elle est un enjeu social majeur, elle est devenue un engagement des plus populaires parmi les musiciens. Cet engagement, intensifié au cours de l’histoire, a vu son apogée en réaction au «discours d’Orléans» de M. Chirac, prononcé le 19 juin 1991, dans lequel il s’exprimait sur une éventuelle orientation de la politique d’immigration française.

«Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler! [applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier devient fou »

 

En réponse au caractère violent, à la limite du racisme de M. Chirac, certains musiciens ont vivement réagis en reprenant l’expression «le bruit et l’odeur». Le groupe Les Fatals Picards, dans La France du petit Nicolas, n’hésite pas à dénoncer cette hypocrisie :

«Pour gagner mon diplôme de roi des balayeurs,

Un salaire de misère, le bruit et l’odeur»

De même, en duo avec Renaud, Doc Gynéco répond au discours d’Orléans dans son titre Hexagonal: « celui-là même qui me traite de négro, et dit que ça pue dans mes escaliers, et que ça gène qui? Mon voisin de palier». Mais le groupe qui s’engage le plus contre ce discours est sûrement Zebda, dans «le bruit et l’odeur».

Bien souvent, à travers la question de l’immigration, il s’agit souvent de se prononcer sur l’enjeu des frontières, ces «murs de haines», «gouffres d’incompréhension», selon Charles Aznavour, dans sa chanson «L’émigrant». En les matérialisant, il dénonce leur caractère abstrait, mais surtout inhumain. Pour le groupe HK et les Saltimbanks, il n’y a aucune raison à fermer les frontières. A travers leur réquisitoire pour un monde accessible à tous, ils œuvrent pour une solidarité internationale dans Citoyen du Monde.

«Je n’ai pas de territoires à défendre contre ces pauvres gens qui viennent des quatre coins du monde.

Et s’il nous fallait crever de faim ici tous ensembles, soyez les bienvenus.

Plutôt mourir que de vivre dans l’abondance, couvert de vêtements quand tellement d’autres sont nus […]»

Comme le dit Saez, dans Fils de France, «au royaume des aveugles tu sais bien ce qu’on dit, les borgnes sont les rois». C’est surement la raison pour laquelle le groupe HK et les Saltimbanks ont décidé de lutter contre l’hypocrisie du «royaume des émigrés». Il s’attaque notamment avec ardeur à la politique d’immigration dans «l’Étranger».

«Célébré par Camus, Zola, Homère et Prévert

J’habite vos fantasmes et je peuple votre terre.

Je suis Dreyfus, je suis Omar l’assassin

Celui qui m’a tué, inutile de vous faire un dessin

Mon portrait en grand sur les affiches électorales

Victoire à celui qui me renverra dans mon pays natal»

 

En plus de s’adresser aux premiers concernés, les immigrés, la musique s’oriente aux personnes qui ne sont pas concernées par l’immigration. Le but étant de les informer mais aussi de les mobiliser. Ainsi en 2010, un grand concert, «Rock sans Papiers», a été créé dans le but de soutenir les personnes sans papiers. En tout, vingt artistes en live se sont réunis pour s’opposer à la politique gouvernementale de l’époque en matière d’immigration, avec notamment Cali, Jacques Higelin, No one is innocent, Soan, Têtes Raides ou encore Tryo.

Un moyen d’expression universelle

Si la musique s’adresse directement aux personnes concernées, elle peut être l’œuvre de ces personnes et devient un moyen d’expression frappant. Par exemple, dans les années 70, les ouvriers de Givors notamment issus de l’immigration ont monté des groupes de rock/blues dans un style industriel et reflétant leurs milieux de vie. A cette époque, Givors était en pleine crise de désindustrialisation, au bord du chômage. C’est pourquoi, à travers la musique, les ouvriers pouvaient s’exprimer sur leur condition,  entre la crainte et la colère, mais aussi sur leur histoire à travers leurs origines et l’immigration qu’ils ont connue.

L’immigration, thème d’actualité, est aujourd’hui en pleine évolution. L’UMP a récemment déclaré qu’elle comptait déposer d’ici 2014 une proposition de loi sur une « nouvelle politique d’immigration« . Parce que le contexte politique est fondé en grande partie sur le thème de l’immigration, les chansons engagées prennent partis. Mais, le plus intéressant n’est-il pas de s’intéresser aux oreilles érigées vers elles ? Qui se sent réellement concerné par ces textes politiquement engagés ? Car, finalement, ces textes n’auraient aucune signification si personne n’entendait la portée de leur message.

 

 

Publié le lundi 04 novembre dans Chroniques, Musique

Commentaires

  • Hubert
    Le dimanche 10 novembre à 17:53

    Hé ! Superbe article, très bien construit !
    J’aimerais bien en savoir plus sur ces ouvriers de Givors, tu aurais des infos là-dessus, des noms ?
    Merci d’avance, et continue à nous régaler !

  • JB
    Le dimanche 10 novembre à 20:35

    Très bien construit cette affaire !
    Chapeau madame.


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