Avec Mr Oizo, c’est compliqué…

Par maxime

Sur le papier, Mr Oizo, sonne comme la promesse d’une belle et grosse soirée Techno.

Sur une line-up de festival, ça tendrait même à occulter tout le reste. Bon, je parle en tant qu’amateur de musique Electronique et je tiens à souligner que la programmation du PinK Paradize festival, tient, cette année encore, plein de belles promesses.

Et les organisateurs ne s’y sont pas trompés… Au moment de passer la sécurité de mon cher Bikini, j’entends la déception dans la voix d’un fêtard qui s’adresse à la billetterie.

« On m’a qu’il y’aurait encore des entrées sur place … ». La réponse est aussi courte que cruelle, c’est non ! Le concert est complet, sold-out, car ce soir, au Bikini, c’est Mr Oizo !

A mesure que la file d’attente s’allonge, la salle se remplit. Sur la terrasse, l’ambiance s’électrise. Pas mal de gens sont déguisés, y’a de la couleur, du fluo et même un superbe « Dark Vador » rose sorti tout droit d’une Cabaret Freaks.

Nous, on a pris une petite bière, on attend patiemment, on se chauffe…

Une cigarette plus loin, on se dirige vers les portes, la salle est pleine, Dj Prosper termine de chauffer un public qui a envie d’en découdre.

Soudain, le noir total ! Ça s’agite sur la scène, mais on ne voit pas grand chose. Autour de nous ça murmure « C’est Mr Oizo, C’est Mr Oizo ».

D’un coup, la boucle résonne provocatrice « sucer, sucer, danser » et coupe net au doute, le Bikini exulte, le seau à champagne est là, c’est lui, c’est parti !!

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Sur scène, Dupieux attaque fort ! Avec sa casquette rouge et la célèbre chemise en Jean, véritable marque de fabrique du personnage, il claque un premier morceau sec et lourd, tout droit sorti de « Stade2 ».

Puis le rythme s’accélère, ça se bouscule de partout, devant la scène, une peluche jaune danse à bout de bras.

« You look like shit when you dance », sample ravageur, met le feu au Bikini.

Ça y’est, il nous projette dans son délire, dans cette univers absurde, décalé, grotesque et jouissif  qu’il nous impose dans ses films et sa musique depuis des années!

On revoit Ramzy, le visage emballé dans les bandelettes, qui bouge la tête sur une musique inaudible au volant de son pick-up énorme.

On revoit ce pneu qui se met à vibrer pour faire exploser un corbeau en plein désert.

On revoit Eric Judor, en flic chelou et borgne faire écouter sa musique avant de se faire remballer comme à la Nouvelle Star !

C’est gras… c’est chouette, c’est ça qu’on aime !

En plus, il a l’air de tout donner derrière sa grosse barbe, le point en l’air, disparaissant parfois presque totalement dans le jeu épileptique des lights.

Jusqu’ici tout va bien…

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Et puis ce qui devait arriver, arriva. Et par cette formule bateau je veux bien entendu parler de la track « positif » et du son « Vous êtes des animaux » devenu également LE gros bateau un peu trop attendu.

Alors oui, certains diront qu’il était obligé de la faire, c’est vrai ! Comme chaque artiste de cette renommée traine dans son répertoire le hit de la reconnaissance.

OK.

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Mais de notre côté, on commence à nuancer. Car en le remettant à l’échelle de son set, ce morceau a sonné la fin du Mr Oizo comme on aimerait le voir tout le temps ! Libre et dégagé de toute contrainte, livrant un set instantané, autodidacte. Un artiste parfois « sale », jouant avec nos limites, triturant l’audible, et bousculant nos oreilles habituées aux sonorités un peu trop propres.

Car elle est là, pour nous, l’essence du personnage. Mais non…

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Parce ce qu’il y a l’autre Mr Oizo, le Mr Oizo qui s’en fout ! Parce que ça aussi il sait bien le faire…

Celui qui enchainera sur du Gesaffelstein avant de nous balancer sa dernière production avec Charlie XCX, titillant notre frustration jusqu’à saper l’excitation.

Attention, on ne parle pas de qualité ici, on ne remettra jamais en question ses talents de DJ.

Et il y aura tout au long du set cette marque de fabrique particulière dans les enchainements, dans les accélérations, dans les kicks…

Mr Oizo est un très bon DJ qui fera danser ce soir le Bikini jusqu’à la dernière minute de son set.

Pourtant il nous reste ce petit gout d’amertume après l’énième hit mainstream calé sur un rythme de Trap Music, voyez le genre ?!

Et quand au bout d’une heure et demi il finit par nous quitter, on reste un peu sur notre faim, on se sent un peu abandonné, on se dit qu’il n’est pas la pour nous mais pour des préoccupations plus obscures…

A la sortie on est sonné, divisé, on se demande, on cherche des raisons…

Finalement c’est le Crew Difuzion et Magnetix qui nous mettrons un bon coup de pied au c** pour se remettre en selle. Merci à eux…

Alors quoi ? C’est fini avec Mr Oizo ? On arrête, on casse ?

Non. Car à la limite du masochisme, on se souvient que c’est aussi tout ce qui fait le charme de son personnage, cet espèce de je m’en foutisme qui à l’air de guider sa carrière depuis ses débuts dans la publicité. Et que malgré nous, on l’aime quand même bien lui, et ce bon vieux Flat Eric, fumeur invétéré de saucisse, qui nous faisait déjà bouger la tête à l’époque pour vendre des Jeans.

Peut être que c’est de l’amour vache, peut être que comme un statut facebook : c’est compliqué ! Peut être que finalement on adore ça quand c’est compliqué ?!

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Finalement, ce que l’on pense de lui, de cette soirée et même peut être de sa carrière (et je n’engage que moi) pourrait ce résumé à se sentiment paradoxal.

Alors, oui, on est un peu déçu ce soir. Oui, on n’a pas pris la claque qu’on s’attendait à recevoir !

Oui mais voilà, Mr Oizo/Quentin Dupieux est un homme libre et il fait bien ce qu’il veut !!

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PS : Un grand merci à Louis Derigon, le photographe de cette soirée ! Comme vous pouvez le voir, le mec a pris des photos canons (jeu de mot de photographe).

Retrouvez toute la série ainsi que son travaille sur sa fan page .

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Crédits photos. Louis Derigon

 

 

 

 

Publié le mercredi 30 mars dans Chroniques, Musique

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